Pierre Gripari : «La culture gay n'est pas une culture, c'est du marketing!»


«Ce qui l'aurait choqué, c'est l'introduction du pouvoir quel qu'il soit dans les affaires intimes. Pour lui, l'homosexualité ne devrait pas donner matière à légiférer»,


Anne Martin-Conrad, biographe de Pierre Gripari.









Sources : 
Krisis n° 17 : Sexualité ? 
Et numéro 145 d'Eléments «L'idéologie du genre contre le sexe».













Il faut relire Proust ! Dans A la recherche du temps perdu, celui-ci fait un parallèle lumineux entre la condition juive et la condition homosexuelle. Et il le fait d’une manière qui lui permet d’en retirer des effets comiques, car son livre est comme vous le savez un bouquin très marrant. Il y a par exemple un passage irrésistible, où Proust décrit une réunion rassemblant plusieurs membres du corps diplomatique. L’un des personnages arrive au milieu de la réception et s’émerveille de s’y retrouver « en famille ». Pour montrer son étonnement, Proust superpose à sa pensée les vers de Racine dans Esther, quand Élise, au premier acte, découvre les femmes juives qu’Esther, devenue la favorite du roi de Perse, a fait entrer dans le harem royal : « Mon dieu, mais que vois-je, mes sœurs, c’est merveilleux, nous en sommes toutes ici ! » Proust décrit ainsi les attitudes communes aux Juifs et aux homos, qui leur permettent de faire coexister un sincère désir d’intégration sociale avec la volonté de rester dans un entre-soi confinant parfois à l’enfermement. Cela peut aller jusqu’à une sorte de désir masochiste d’être rejeté par les autres, afin de pouvoir avoir le plaisir de dénoncer ce rejet ! Quant à la culture gay, je n’y crois pas. Les homosexuels tout comme les juifs d’ailleurs, ont seulement illustré et marqué toutes les cultures. Même la notion de « littérature homosexuelle » est à mon avis contestable. Comme les autres écrivains homos, Proust était homosexuel au pieu, mais pas dans son écriture.


La culture gay est une fiction qu'ont utilisée certains homos pour se faire reconnaître une place dans l'organisation socio-économique actuelle, qui tend à sectoriser les besoins de consommation pour optimiser les bénéfices qu'on peut tirer de chaque catégorie de population. Depuis le début des années quatre-vingt, les homosexuels sont devenus des consommateurs comme les autres. D'où l'apparition de circuits commerciaux qui leur sont propres. La culture gay n'est pas une culture, c'est du marketing ! Guy Hocquenghem a très bien dénoncé cette tendance à l'intégration économique des homos, en particulier ces anciens tapins recyclés dans la presse gay qui, après avoir vécu de leur cul, ont fini par vivre avec le cul des autres. Du reste, cette pseudo-culture n'a pas créé grand chose.


Pierre Gripari















Entretien avec Jacques CHANCEL


Pour compléter cette lecture, voici un lien vers une émission radiophonique où Pierre Gripari évoque son refus de la compromission. L'écriture commencée à l'âge de 7 ans. Les auteurs qui l'ont influencé. Ce qui intéresse les enfants en littérature. Les exigences de son public enfantin et de ses lecteurs adultes. Son emploi à mi-temps dans un bureau. Son choix de la solitude et de l'ascèse de l'écrivain. Les périodes de sa vie où il a vécu de sa plume. Ses provocations. Son expérience de délégué du personnel de la CGT. Les rapports avec les libraires. Ses différents livres. Les titres de ses romans. Ses rapports avec le public. Son intérêt pour le taoïsme et les philosophes nihilistes. Les raisons de son célibat. La vie de famille. Son homosexualité, etc.







Pierrot la lune et les homos. Entretien sur l'homosexualité avec Pierre Gripari.



Krisis 17: Sexualité ?





Parmi la somme des témoignages recueillis, sous la direction d'Anne Martin-Conrad, par les Amis de Pierre Gripari depuis sa mort en 1990, on retrouve l'entretien que l'écrivain avait accordé quelques années avant sa mort.



Pierre Gripari, Editions L'Âge d'Homme 2001, rassemble des souvenirs, des réflexions, des entretiens, des études, des illustrations inédites sur l'homme et son œuvre. Ce dossier de 400 pages contient également une bibliographie exhaustive, une biographie, des lettres, des projets, des inédits, des dessins, des photographies.



Cet entretien inédit sur l'homosexualité avec Pierre Gripari avait été publié dans le numéro 17 sur la sexualité.



Voici quelques-unes des questions qui lui avaient été posées et pour lesquelles nous vous proposerons de lire ou relire les réponses apportées par Pierre Gripari.


L'intégralité de cet entretien se trouve pages 126-132 de Sexualité ? Dans la suite de l'entretien, Pierre Gripari aborde également la notion de "marketing" gay mais aussi la question de la répression de la préférence sexuelle dans l'Histoire et le rôle qu'ont pu jouer les religions dans la persistance des attitudes hostiles à l'homosexualité ou au contraire dans l'attribution de fonctions spéciales à ceux qui échappent aux rôles sexuels classiques.



Après avoir été communiste, vous vous affichez aujourd’hui comme un écrivain de droite. Par ailleurs vous n’avez jamais fait mystère de votre homosexualité. A droite, l’homosexualité reste cependant un sujet dont on ne discute guère, et qui dans les milieux traditionnels reste tabou. Des attitudes analogues se rencontrent aussi à gauche, malgré une tendance « libérale » habituellement plus marquée en matière de mœurs. Au lendemain de mai 68, les milieux gays qui militaient contre la répression anti-homosexuelle se situaient généralement à gauche et associaient leur lutte à la défense des « minorités opprimées ». Pensez-vous qu’il existe un lien entre préférence sexuelle et affinités politiques ?


Une idée communément admise veut que l’homosexualité ait été communément mieux acceptée par les Anciens que par les Modernes. Les travaux de Michel Foucault, pour ne citer que lui, ont montré cependant que cette affirmation d’une plus grande tolérance des homosexuels dans l’Antiquité est à prendre avec beaucoup de précautions. De son côté Bernard Sergent a bien mis en lumière la différence entre l’homosexualité au sens courant du terme, c’est –à-dire la relation sexuelle entre adultes du même sexe, et la pédérastie initiatique à laquelle correspondait en Grèce, dans le contexte d’une sorte de rite de passage, la relation entre l’éromène et l’éraste. Qu’en pensez-vous ?


Est-ce qu’on ne reste pas dans l’équivoque si l’on parle d’homosexualité au singulier au lieu de parler d’homosexualités au pluriel ? Est-ce la même chose d’être indifférent aux femmes et de rêver d’en être une ? L’homosexualité féminine semble également constituer une entité à part. Chez les femmes, la frontière séparant la préférence homosexuelle de la préférence hétérosexuelle paraît moins exclusive, moins systématique. L’attrait pour le sado-masochisme est bien partagé entre les sexes ; en revanche la pédérastie est apparemment presque inexistante chez les lesbiennes. Par ailleurs, la bisexualité est beaucoup plus répandue chez les femmes que chez les hommes.


Pour expliquer le fait qu’un homme ou une femme devienne homosexuel(le), on a depuis longtemps proposé plusieurs schémas explicatifs. Les uns en tiennent pour une explication « génétique » fondée sur un certain nombre de travaux expérimentaux. D’autres allèguent une influence parentale, qui serait tantôt celle du père, tantôt celle de la mère. D’autres encore mettent l’accent sur une ambivalence sexuelle constitutive de chacun, qui s’orienterait dans un sens ou un autre en fonction des expériences et des aléas du vécu personnel. Laquelle de ces explications vous parait la plus convaincante ?



Après la période militant des années soixante qui a permis aux homosexuels d’obtenir une meilleure reconnaissance sociale, on a assisté à l’émergence d’une « culture gay » qui a pris les formes les plus diverses : apparition d’une véritable presse homosexuelle, ouverture de bars et de lieux de rencontre spécialisés, vogue du culturisme, diffusion d’une certaine image du corps, etc. Paradoxalement, l’une des caractéristiques de cette culture a été la revendication d’une certaine marginalité. On a eu l’impression que les homosexuels, d’un côté voulaient échapper à tout regard réprobateur susceptible de les tenir à l’écart ou de favoriser la répression, mais de l’autre côté tenaient à préserver un milieu spécifique protégé par des frontières assez nettes. Qu’en pensez-vous ?




Pour lire les pages du livre  Pierre Gripari Anne Martin-Conrad - 2001 - qui reprennent cet entretien avec Krisis, cliquer sur cette photo







RDV sur le site Krisis Diffusion,  Eléments ou Alain de Benoist pour commander  ce 
numéro 17 et lire la suite de cet entretien ou les autres textes :  













Philippe Forget, Le sexe déplié ou la chair déchue
Face à face : Comportements sexuels et peines de sexe, avec Gilbert Tordjman et Gérard Zwang
Ethologie de la sexualité, entretien avec Boris Cyrulnik
Poésie : C. A. L. Y. P. S. O., Paul Valéry
Où en est le mouvement des femmes ? Entretien avec Gisèle Halimi
Yves Christen, Différenciation sexuelle et stratégies mentales
Document : Défense des femmes, Henry Louis Mencken
Un nouvel ordre amoureux ? Entretien avec Pascal Bruckner
Face à face : Pornographes ou censeurs ? Avec Christine Boutin et Jean-Jacques Pauvert
« L’érotisme est une chose sérieuse », entretien avec Alain Bernardin
Pierrot la lune et les homos, entretien avec Pierre Gripari
Sado-maso, entretien avec Christine D
Patrick Tacussel, Mythocritique de l’amour
Le texte : Les lois de l’attraction sexuelle, Otto Weininger

Disponible au prix de 12,00 €











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CHRÉTIENS ET PAÏENS. Dialogue entre François Flahault et Thibault Isabel (2/4).



T.I. : Pour parler maintenant du mythe d’Adam et Eve, quelle représentation le christianisme donne-t-il de la culture et de la vie sociale, à travers ce récit ? Présente-t-il l’individu comme un être déjà pleinement accompli dans son humanité, dès l’état présocial du jardin d’Eden, ou l’humanisation est-elle envisagée comme un processus qui demanderait à s’accomplir au milieu des autres, dans la société ? 



F. F. : Il y a un point fondamental dans la lecture chrétienne du mythe d’Adam et Eve, qui prend à rebours toutes les conceptions plus anciennes : c’est l’idée que l’homme est créé à l’image de Dieu. Cette expression « à l’image de Dieu » signifie que les hommes étaient aussi parfaits que possible lorsque Dieu les a créés. Comme le dit Rousseau : « Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. » C’est là une mutation dont il ne faut pas sous-estimer l’impact. L’une de ses conséquences implicites est que la vie sociale est alors considérée comme n’étant nullement constitutive de l’être humain – et cela constitue un retournement de perspective complet par rapport à ce que la plupart des cultures humaines avaient pensé jusque-là. En effet, les mythes recueillis dans la plupart des sociétés traditionnelles présentent généralement l’humanisation comme un processus inséparable de la vie sociale, des institutions et de la culture. Celles-ci revêtent donc une portée ontologique. Le platonisme, puis le christianisme ont conduit à attribuer une moindre valeur à tout ce qui nourrit et soutien la vie sociale.


Cette dépréciation est particulièrement accentuée chez saint Augustin, pour qui la société et ses contraintes ont pour fonction de contenir une humanité déchue devenue incapable d’aller d’elle-même vers le bien. Dès lors que l’on considère que l’organisation sociale résulte du péché originel, il s’ensuit que, si nos premiers parents ne l’avaient pas commis, il n’aurait pas été nécessaire que les humains vivent en société. Certes, tous les théologiens n’ont pas vu les choses ainsi. Thomas d’Aquin, fidèle à Aristote, estimait que, même si Adam et Eve n’avaient pas péché, leurs descendants auraient connu une vie sociale,  celle-ci faisant partie du projet divin. Mais ce n’est pas la conception de Thomas d’Aquin qui l’emportera au cours des siècles ; la vision qui l’emportera sera proche de celle d’Augustin (et c’est une vision que l’on peut qualifier d’utilitariste). Cette évolution s’effectuera notamment sous l’influence des franciscains, dès le XIVe siècle. Plus tard, les jésuites et les monarchomaques poursuivront dans cette voie : ils élaboreront la distinction entre état de nature et état social, promise à un si grand avenir. Il s’agira pour eux de montrer que la souveraineté des rois ne leur vient pas directement du Ciel, mais du consentement de tous ceux qui, en quelque sorte, fondent la société en se plaçant de manière délibérée, réfléchie et volontaire sous le pouvoir du prince. Ces constructions théologico-politiques, où la notion de contrat ne tardera pas à jouer un rôle central, ont nourri la réflexion des philosophes et des juristes, du XVIIe siècle jusqu’à nos jours. 


Ainsi, nous sommes toujours tributaires aujourd’hui de cette vision contractualiste, qui suppose des individus déjà humanisés dans un état de nature présocial. Ce n’en est pas moins une fiction, démentie par toutes les connaissances scientifiques dont nous disposons. Mais il est difficile de se défaire de cette mise en récit qui a été partagée par tant de grands auteurs comme Hobbes, Locke ou Rousseau, et que l’enseignement donné à l’université reconduit nécessairement en glosant ces auteurs. C’est là l’exemple d’une grande croyance occidentale sans le moindre fondement empirique, et néanmoins reprise à leur compte par les enseignants des établissements supérieurs laïques. Ceux-ci se croient généralement affranchis de croyances religieuses telles que le créationnisme, sans se rendre compte, semble-t-il, que l’hypothèse d’individus humains à l’état de nature est incompatible avec le darwinisme.


La conception chrétienne de l’individu créé à l’image du Dieu unique n’empêche pas qu’il existe un christianisme social (les religions, comme l’a souligné Paul Veyne, ne sont pas faites d’une seule pièce, ce sont des ensembles composites). Beaucoup de chrétiens considèrent donc qu’un être humain en vaut un autre, quel que soit son rang social. Nous sommes tous frères en Dieu (les hommes sont les fils de Dieu : cette conviction était déjà stoïcienne avant d’être reprise par les chrétiens). Mais l’idéal de sollicitude et de charité n’empêche pas que les médiations sociales restent sous-évaluées par les chrétiens (et par bien des laïcs à leur suite). L’idée chrétienne d’amour, si importante, implique l’idée d’un lien direct, non médiatisé. Or, cette conception elle-même est à interroger : il est en effet évident, à observer la vie quotidienne, que les êtres humains ne se lient les uns aux autres que par l’intermédiaire de quelque chose, et pas directement par une effusion de bienveillance. Un des traits par lesquels le langage humain se distingue des langages animaux est qu’il véhicule nécessairement un contenu : on ne peut pas éviter de parler de quelque chose, alors que nos cousins les primates n’ont pas besoin dans leurs relations sociales de parler de quoi que ce soit. Ils entrent directement en contact, en exprimant simplement une attitude : agressive, soumise, amicale, etc. Nous, au contraire, pour montrer notre intérêt ou notre attachement à quelqu’un, devons nous demander de quoi nous allons parler avec cette personne dans le but de nous rapprocher d’elle, de partager avec elle des sentiments amicaux. Lorsque des gens ne trouvent rien à se dire ou pressentent qu’ils n’auront rien à se dire, ils s’évitent. Cela bien qu’ils n’aient a priori aucune hostilité les uns à l’égard des autres (mais s’ils sont néanmoins obligés de se côtoyer, une animosité peut se développer). Le fait humain lie d’une manière indéfectible et indissociable la vie sociale à la culture – la culture entendue au sens d’un contenu qui nourrit l’existence de chacun en même temps que sa relation aux autres. Ces contenus sont multiples : biens matériels et immatériels, convictions, centres d’intérêts, pratiques culturelles, sportives, etc.
Si sociales que soient certaines orientations du christianisme, celui-ci n’en demeure pas moins une religion de salut. Et cette religion, par conséquent, voudrait que nous ne fassions pas de ce monde et de notre participation à la vie sociale notre horizon dernier, mais que nous tendions vers le suprasocial et le supraterrestre. Le christianisme tend donc à sous-évaluer les médiations apportées par la société et la culture au profit d’une conception de l’amour comme relation directe à l’autre, et s’appuyant seulement sur de bonnes intentions.


Dans la vie quotidienne, nous faisons tous l’expérience de ce qu’il y a de vital dans le fait d’avoir une place dans le tissu social. Mais cela ne nous donne pas pour autant les moyens de penser ce que notre tradition philosophique et religieuse se refuse à penser. La philosophie occidentale, comme chacun sait, a été profondément marquée par le platonisme et le christianisme. C’est évident chez Kant, par exemple, pour qui l’existence des deux mondes n’est pas une thèse à démontrer, mais un présupposé qui va de soi. Même Nietzsche, en dépit de ses revendications en faveur du paganisme (un paganisme dont il avait une vision passablement romantique), reste tributaire de la vision héroïque de l’affirmation de soi et dévalue considérablement, lui aussi, la dimension sociale de l’existence. Tout en se présentant comme l’anti-Platon, il lisait et admirait le transcendentaliste américain Emerson.
La pensée occidentale est tellement imbue de la richesse et de la grandeur de sa tradition qu’elle se regarde elle-même avec une admiration naïve qui va à l’encontre de l’esprit critique dont, pourtant, elle ne cesse de se prévaloir. Nous sommes encore loin, malheureusement, de porter sur nos modes de pensée le regard distancié avec lequel les anthropologues considèrent les cultures non occidentales.


Extrait du texte "CHRÉTIENS ET PAÏENS", dialogue entre François Flahault et Thibault Isabel publié dans Krisis : Polythéisme/Monothéisme ?. La 1e parte de cet entretien se trouve sur ce blog (dans "Articles et Entretiens").





François Flahault. Philosophe. Membre du Centre de recherche sur les arts et le langage et directeur de recherche émérite au CNRS. On lui doit une multitude d’ouvrages, parmi lesquels Où est passé le bien commun ? (Mille et une nuits, Paris 2011), Le crépuscule de Prométhée (Mille et une nuits, Paris 2008), Adam et Eve. La condition humaine (Mille et une nuits, Paris 2007), Be Yourself. Au-delà de la conception occidentale de l’individu (Mille et une nuits, Paris 2006), Le paradoxe de Robinson. Capitalisme et société (Mille et une nuits, Paris 2005), Le sentiment d’exister. Ce soi qui ne va pas de soi (Descartes & Cie, Paris 2002) ou encore La méchanceté (Descartes & Cie, Paris 1998).







Thibault Isabel. Né en 1978, à Roubaix. Docteur en esthétique, il est également diplômé en lettres et en histoire du cinéma. Il mène désormais ses recherches dans le champ de la philosophie générale, de l’anthropologie culturelle et de l’étude comparée des mentalités et des systèmes de pensée. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées, ainsi que cinq ouvrages présentés sur http://www.leblogdethibaultisabel.blogspot.fr/  et www.thibaultisabel.com.




Krisis : Polythéisme/Monothéisme ?, avec aussi dans ce numéro :

Kostas Axelos. Né en 1924 et mort en 2010. Philosophe français d’origine grecque, il fut professeur à la Sorbonne et spécialiste d’Héraclite, de Marx, de Nietzsche et de Heidegger. Sa pensée compte sans doute parmi les plus marquantes de la seconde moitié du XXe siècle. On lui doit notamment Marx, penseur de la technique, Editions de Minuit, Paris 1961, Le jeu du monde, Editions de Minuit, Paris 1969, Métamorphoses, Editions de Minuit, Paris 1991 et Réponses énigmatiques, Editions de Minuit, Paris 2005. Le texte que nous publions est tiré de Héraclite et la philosophie, Editions de Minuit, Paris 1962.

Geneviève Béduneau. Née en 1947. Docteur en théologie, elle a en outre suivi pendant sept ans les cours d’Antoine Faivre à l’EPHE, et pendant quatre ans les cours de Jean-Loup Lemaître. Elle a longtemps enseigné l’histoire de l’Eglise à l’Institut de théologie orthodoxe de Paris. Elle est l’auteur de nombreux articles dans les revues Balkans-infos, Présence orthodoxe, Liber mirabilis et Oniros. Elle anime enfin un site intitulé Réflexions sur les temps qui courent peut-être (à l’adresse : http://reflexsurtempscourants.blogspot.com).

Frédéric Dufoing. Né en 1973, à Liège. Il est diplômé en philosophie et sciences politiques. Essayiste et critique, il a fondé et co-dirigé la revue Jibrile avec Frédéric Saenen. Il est aussi l’auteur d’un livre intitulé L’écologie radicale (Infolio, Paris 2011), travaille sur les œuvres d’Ivan Illich (« Ivan Illich, critique de la modernité industrielle », in La Presse littéraire, Paris 2007) et de Wendell Berry, ainsi que sur l’éthique animale. Il a en outre publié des chroniques sur le cinéma (« Fellini, composteur d’Italie », in La Revue du cinéma, Paris 2007) et sur la musique post-punk britannique (« Factory, enquête sur un exercice de nostalgie intégrale », Gueules d’amour, Mille et une nuits, Paris 2003).

Michel Maffesoli. Né en 1944, à Graissessac. Ancien élève de Gilbert Durant et Julien Freund, il est professeur de sociologie à l’Université Paris Descartes, administrateur du CNRS et membre de l’Institut universitaire de France. Il a fondé en 1982 avec Georges Balandier le Centre d’études sur l’actuel et le quotidien (CEAQ) et dirige la revue Sociétés, ainsi que les Cahiers européens de l’imaginaire. Il est aussi secrétaire général du Centre de recherche sur l’imaginaire et membre du comité scientifique des revues Space and culture et Sociologia internationalis. Il a reçu le titre de docteur honoris causa des universités de Bucarest, Porto Allegre et Braga. On lui doit près de trente livres, parmi lesquels on citera Sarkologies. Pourquoi tant de haine(s) ? (Albin Michel, Paris 2011), La crise est dans nos têtes ! (Jacob-Duvernet, Paris 2011), Matrimonium (CNRS Editions, Paris 2010), Apocalypse (CNRS Editions, Paris 2009), La République des bons sentiments (Rocher, Paris 2008), Le réenchantement du monde. Morales, éthiques, déontologies (La table ronde, Paris 2007), L’instant éternel. Le retour du tragique dans les sociétés postmodernes (La table ronde, Paris 2003), Du nomadisme. Vagabondages initiatiques (Le livre de poche, Paris 1997) et Le temps des tribus (Le livre de poche, Paris 1991). Michel Maffesoli dispose enfin d’un site personnel : www.michelmaffesoli.org.

Louis Ménard. Né à Paris en 1822 et mort en 1901. Il fut l’ami d’enfance de Baudelaire, avant de se tourner tour à tour vers les études littéraires et la chimie (dans laquelle il se distingua en découvrant le collodion). Il fut un fervent partisan de la révolution de 1848, et dut ensuite s’exiler à Londres, puis à Bruxelles, où il fit la connaissance de Karl Marx ; il soutiendra d’ailleurs toute sa vie le socialisme, dont il occupera les positions les plus radicales. Il revint à Paris après l’amnistie de 1852, et publia alors un premier recueil de poèmes, dans le style antiquisant de son ami Leconte de Lisle. Son principal champ d’activité fut sans doute néanmoins l’étude de la Grèce ancienne, à laquelle il se consacra à travers ses deux thèses de doctorat (à savoir De sacra poesi Graecorum et La morale avant les philosophes, en 1860), ainsi que plusieurs ouvrages ultérieurs comme Le polythéisme hellénique (1863), Histoire des Grecs (1894) ou Les questions sociales dans l’Antiquité (1898). Il s’intéressa aussi plus largement à l’histoire religieuse, avec notamment Histoire des anciens peuples de l’Orient (1882), Histoire des Israélites d’après l’exégèse biblique (1883) et Etudes sur les origines du christianisme (1893). Et il écrivit enfin des livres de poésie ou de philosophie marqués par le souci de promouvoir et de réhabiliter la pensée païenne, comme dans Rêveries d’un païen mystique (1876) et Opinions d’un païen sur la société moderne (1895). Notons qu’on lui doit également la traduction des livres attribués à Hermès Trismégiste (en 1866). A la fin de sa vie, il devint professeur à l’Ecole des Arts décoratifs (1887), et il milita pour l’adoption d’une orthographe réformée et simplifiée. Le texte que nous publions ici est emprunté au Polythéisme hellénique (Livre III, Chapitre I, « Le sacerdoce »).

Walter Otto. Né en 1874 et mort en 1958. Philologue allemand spécialisé dans l’étude de la religion grecque antique, on le connaît notamment pour des œuvres comme Dionysos. Le mythe et le culte, Gallimard, Paris 1969 (1933) ou L’esprit de la religion grecque ancienne. « Theophania », Berg, Paris 1995 (1959). Le texte que nous reprenons est tiré de Les dieux de la Grèce. La figure du divin au miroir de l’esprit grec, trad. de C.-N. Grimbert et A. Morgant, Payot, Paris 1981 (1929).

Jean Soler. Né en 1933 à Arles-sur-Tech. Agrégé de lettres, il a enseigné le français, le grec et le latin, avant d’entrer au Ministère des Affaires étrangères et d’être nommé directeur du Centre de civilisation française à l’Université de Varsovie (1965-1968). Il a aussi été conseiller culturel de l’ambassade de France en Israël de 1969 à 1973 et de 1989 à 1993, et a encore exercé les mêmes fonctions à Téhéran (1973-1977) et à Bruxelles (1977-1981). Il a été directeur régional des Affaires culturelles pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (1981-1985) et secrétaire général du Conseil national des langues et des cultures régionales (1985-1987). Comme auteur, il a collaboré à l’Histoire universelle des Juifs, sous la direction d’Elie Barnavi (Hachette, Paris 1992). Il a également élaboré une trilogie intitulée « Aux origines du Dieu unique », composée de L’invention du monothéisme (De Fallois, Paris 2002), de La loi de Moïse (De Fallois, Paris 2003), ainsi que de Vie et mort dans la Bible (De Fallois, Paris 2004). On lui doit enfin plus récemment La violence monothéiste (De Fallois, Paris 2008). Le texte que nous publions dans ce numéro a déjà été diffusé sur le site : http://www.aroumah.net.

Philippe Simonnot. Né en 1941. Docteur en sciences économiques, il dirige l’Observatoire économique du droit (Université de Versailles-Saint-Quentin) et enseigne l’analyse économique du droit dans les Facultés de droit de Paris X (Nanterre) et de Versailles. Il est également le fondateur et le directeur de l’Observatoire des religions et de l’Observatoire économique de la Méditerranée. Il publie épisodiquement des chroniques économiques dans la presse, notamment au Monde et au Figaro. On lui doit récemment Delenda America (Editions Baudelaire, Lyon 2011 ; cf. le site http://www.delendaamerica.fr/), ainsi que Le jour où la France sortira de l’Euro (Michalon, Paris 2010), Enquête sur l’antisémitisme musulman. De ses origines à nos jours (Michalon, Paris 2010), Le marché de Dieu. L’économie des religions monothéistes (Denoël, Paris 2008), Les papes, l’Eglise et l’argent. Histoire économique du christianisme, des origines à nos jours (Bayard, Paris 2005), Economie du droit (2). Les personnes et les choses (Les belles lettres, Paris 2004), L’erreur économique. Comment économistes et politiques se trompent et nous trompent (Denoël, Paris 2003), Economie du droit (1). L’Invention de l’Etat (Les belles lettres, Paris 2003) et Vingt-et-un siècles d’économie, en vingt-et-une dates-clés (Les belles lettres, Paris 2002).


Krisis : La quatrième guerre mondiale



En hommage à Costanzo Preve 
Né le 14 avril 1943 à Valenza – mort le 23 novembre 2013 à Turin
Philosophe italien et membre du comité éditorial de la revue Krisis


Preve Portrait
La revue Elements rassemble sur cette page témoignages et souvenirs consacrés à cet ami de longue date


  •             Costanzo Preve, en quelques phrases

  • Le profil du "capitalisme absolu" est beaucoup plus culturel que purement idéologique (à la différence du "subalterne et laborieux" communisme historique).
    il n'y a jamais eu dans l'histoire de "guerre" culturelle comme celle [la quatrième] qui est en cours.
    Le projet hégémonique du nouvel empire américain se fonde sur une homogénéisation oligarchique et plébéienne de l'humanité entière.
    La mort est un phénomène total, et il s'agit bien ici d'une mort spirituelle, puisque la "stupidité politiquement correcte" enveloppe tout, et concerne ensemble, quoique différemment, les nouveaux seigneurs et les nouvelles plèbes.
    La seule alternative à la mort spirituelle et à la stupidité politiquement correcte consiste à commencer de penser adéquatement la nature de cette Quatrième Guerre mondiale en cours.



n   La quatrième guerre mondiale selon Costanso Preve



A propos du rôle des intellectuels et de leur mutation dans le système qu'il qualifie du terme provisoire de « capitalisme absolu », Preve, qui d'ailleurs entend restaurer la royale primauté platonicienne de la philosophie'', rectifie les idées de l'« honnête et intelligent Gramsci », et rappelle qu'en principe, un intellectuel digne de ce nom « ne peut être "organique" à rien si ce n'est à sa propre conscience [...] Et si ce qu'il réussit à "produire", ou pour mieux dire, la "retombée" expressive de sa pensée peut servir à des fins de mobilisation ou d'identification sociale et politique, tant mieux. L'huître ne produit certes pas la perle parce qu'elle entend être "organique" aux joailliers, ou aux dames cossues, mais pour son plaisir gratuit (..) Spinoza, Kant, Hegel ou Marx n'ont certes pas été des "intellectuels organiques", mais de libres créateurs critiques ». Quant aux intellectuels organiques proprement dits, Preve caractérise leurs mutations, en cette difficile période historique, par trois concepts également provisoires désignant leurs nouvelles fonctions : les « chapelains militaires », les « bouffons de la moderne aristocratie impériale » et les « eunuques de Cour ». dont la partie intellectuelle a entièrement dépéri - ce qu'il résume, dans l'essai sur les mutations de la lutte des classes traduit dans ce même numéro, par la notion d'Animateurs médiatiques autorisés.



C'est que « le profil du "capitalisme absolu" est beaucoup plus culturel que purement idéologique (à la différence du "subalterne et laborieux" communisme historique) », observe Preve. Par conséquent, ajoute-t-il, « il n'y a jamais eu dans l'histoire de "guerre" culturelle comme celle [la quatrième] qui est en cours. [...] Le projet hégémonique du nouvel empire américain se fonde sur une homogénéisation oligarchique et plébéienne de l'humanité entière. Au lieu de la riche coexistence de nations, peuples et classes dans le monde, on aurait une pyramide sociale unique homogénéisée, composée d'individus préventivement déracinés, puis resocialisés sur des bases consuméristes (évidemment non égalisées, mais différenciées selon les seuls degrés du pouvoir d'achat). Cette pyramide, ou plus exactement ce cône, devrait avoir à son sommet un ensemble d'oligarchies culturellement unifiées (culture politique néo-libérale, langue anglaise, lecture matinale des journaux financiers et des cotations boursières, cérémonies pseudo-aristocratiques avec putains, bouffons et champions sportifs issus de la couche plébéienne et autant que possible "aux couleurs de la diversité") ; au milieu, une new global middle class elle-même unifiée par les styles de consommation touristique, alimentaire et musicale ; et en bas une immense plèbe, mais à laquelle sont concédés [...] certains instruments de promotion sociale rigidement contrôlés [...] Du moment que l'Empire américain trouve son origine dans un Etat-nation particulier, les Etats-Unis, messianique et expansionniste, la destruction de toutes les autres nations du monde [...] doit advenir, ruinant sur un plan géopolitique leur souveraineté, ne conservant que certaines caractéristiques exotiques pour le seul marché touristique. [...] A cette phase finale de leur existence, la langue anglaise obligatoire sera adjointe aux dialectes nationaux en voie de dépérissement. [...] Comme catégorie politique, le peuple n'existe plus » (5ème et dernier chapitre, § 35-36).


La mort est un phénomène total, et il s'agit bien ici d'une mort spirituelle, puisque la «stupidité politiquement correcte» enveloppe tout, et concerne ensemble, quoique différemment, les nouveaux seigneurs et les nouvelles plèbes. Si les secondes deviennent de plus en plus passives, ignorantes, mentalement inertes et percluses, animées seulement de pulsions psychiques induites, l'industrie des premiers et de leurs ingénieurs technocrates à provoquer ces impulsions procède d'une dégradation mécanique de la connaissance, dont on peut dire que les clefs sont perdues dans l'obscurité d'une conscience en quelque sorte solidifiée et matérialisée ».


Notons ici que Preve reprend l'adjectif « spirituel » dans une acception très spinozienne. Son interprétation de Marx a dépassé le vieux « matérialisme dialectique » positiviste et sclérosé pour atteindre à une « ontologie de l'être social », où la pensée de Marx est insérée «métaphysiquement » - selon le sens originel du terme « métaphysique ». qui désigne une réflexion sur l'être et ses catégories les plus générales - dans une perception globale de l'histoire universelle prise comme « concept transcendantal réflexif ». Or. on pourrait montrer que cette ontologie, dans un langage et par des concepts (3) où les plus hauts développements de la philosophie critique phénoménologique depuis Hegel et de la recherche marxienne ou marxiste non dogmatique sont assumés, est un équivalent moderne des connaissances du deuxième et du troisième genre selon Spinoza. Le fétichisme, l'aliénation, la fausse conscience correspondent à la connaissance du premier genre, confuse et mutilée ; et le « concept transcendantal réflexif » de l'histoire, à celle du troisième genre, ou science intuitive qui, écrit Spinoza, progresse « de l'idée adéquate de l'essence formelle de certains attributs de Dieu jusqu'à la connaissance adéquate de l'existence des choses » (4). Rappelons que ce Dieu n'est pas autre chose ici que la substance, donc l'être, et par conséquent la signification du monde lui même et en lui-même.


La convergence, si elle n'est pas totale, est évidente, entre le « concept transcendantal réflexif de l'ontologie de l'être social » selon Preve, la « dialectique des sociétés humaines comme devenir de la raison» selon Tran Duc-Thaos (5) et l'«histoire de l'humanité comme genèse irréversible de la conscience transcendantale » selon Raymond Abellio (6). A tout le moins, converge leur formidable effort respectif d'ordonner le fatras et de « fendre le chaos » des représentations aliénées ; et, pour ne pas sortir du sujet, on doit se borner à indiquer combien, mais en partant du « socialisme russe » de Dostoïevski et non pas du marxisme, la critique par Berdiaev de l'objectivation religieuse participe de cet effort ; ce n'est en effet point par hasard que sa notion de la communauté sociale peut être rapprochée de la voie tracée par Costanzo Preve en ce domaine. Celui-ci peut donc légitimement, sans le moindre soupçon de mystagogie, qualifier cette voie de spirituelle, pour cette raison fondamentale que. comme celles de Spinoza, de Hegel, de Marx en tant que chercheur, de Husserl, d'Abellio, et même d'un Nietzsche ou d'un Heidegger, et à certains égards d'un Berdiaev, sa démarche n'est proprement ni « matérialiste » ni « spiritualiste », mais le seul exercice de la libre « puissance de l'esprit comme chose pensante » (cf. Spinoza. Ethique. 2e partie. définition III). Ce que l'Ethique de Spinoza. surtout au deuxième livre, qui traite de « la nature et de l'origine de l'esprit », a en effet d'absolument fondateur, c'est que l'esprit et la matière, par cela même qu'ils sont conçus comme attributs «pensée» et «étendue» de la substance divine, se trouvent définitivement libérés de toutes les objectivations substantielles de la théologie. N'étant plus conçus comme substantiels, ils ne peuvent plus être envisagés, ni l'un ni l'autre, comme commencement absolu, et c'est par là que Spinoza retrouve les Grecs, « la même chose que ce qu'était le on chez les Eléates », a écrit expressément Hegel dans ses Leçons sur l'histoire de la philosophie - d'où il conclut : « Il faut que le penser se soit placé du point de vue du spinozisme ; c'est le commencement essentiel de tout philosopher [...]. c'est la libération de l'esprit et sa base absolue ». « Ce qui, en premier lieu, constitue l'être actuel de l'esprit humain n'est rien d'autre que l'idée d'une chose singulière existant en acte, avait démontré Spinoza [...] ; et l'objet de l'idée constituant l'esprit humain est le Corps, c'est à dire un certain mode de l'Etendue existant en acte, et rien d'autre ». Toute la théorie spinoziste de la conscience et des idées adéquates part de là, et parvient à la notion de l'esprit comme volonté active et libre : il ne s'agit plus d'instaurer le « Bien », mais la liberté. Nous ne nous sommes pas écartés du sujet. parce que Costanzo Preve a en effet retrouvé ce « commencement essentiel de tout philosopher » - et c'est en vertu même de cette « libre puissance de l'esprit » qu'il considère que « la seule alternative à la mort spirituelle et à la stupidité politiquement correcte consiste à commencer de penser adéquatement la nature de cette Quatrième Guerre mondiale en cours ».


L'oeuvre de Preve est encore, pour ainsi dire, inconnue en France : mais sa réflexion sur la guerre en cours est d'une telle portée que, tout en éclairant son enjeu. on peut essayer de caractériser très rapidement l'ensemble de sa pensée, par son inspiration et ses affinités. Avant de présenter et résumer aussi brièvement les thèses mêmes de son livre, il faut encore signaler deux particularités très originales de sa méthode, qui rendent si attrayante la lecture de ceux de ses ouvrages qui appuie` rient au genre que Fichte appelait "philosophie populaire" (8) qui n'est pas vulgarisation, mais s'adresse à tout lecteur capable de penser et de bien lire un livre plus qu'aux philosophes de profession.


3. Cf. dans l'article « Lutte des classes », § X, la définition du concept hégélien par Preve. ll faut ici prendre le terme dans ce sens.
4. Cf. Spinoza, Ethique, II, 40, 2' scolie.
5. Tran Duc-Thao : philosophe vietnamien (Hanoï 1917-Paris 1993). Après avoir étudié la phénoménologie de Husserl et les travaux de Piaget, il écrit des articles dans la revue Les  Temps modernes, où sont également publiés ses entretiens avec Jean-Paul Sartre sur les rapports entre l'existentialisme et le marxisme. Ancien délégué général de la section vietnamienne des résistants de la Main-d'oeuvre immigrée (MOI) en 1945, puis arrêté, il s'engagea dans le maquis indochinois et participa en 1956 à la « révolution des cent fleurs ». Doyen de la faculté d'histoire de Hanoï (1954), puis interdit d'enseignement et de publication, il ne put publier ses ouvrages. Phénoménologie et matérialisme dialectique et Recherches sur l'origine du langage et de la conscience, qu'en France. Il fut affecté dans une école, mais comme balayeur. Revenu en France en 1991, il écrivit un essai intitulé La formation de l'homme, resté inédit, semble-t-il. Dans les années 1960. la revue La Pensée, en dépit de 1' Inquisition nord-vietnamienne, avait publié plusieurs études très remarquables de Tran Ducao, dont, en 1969, « Du geste de l'index à l'image typique ». Raymond Abellio connaissait parfaitement sa pensée, y renvoie, et le cite quelquefois.
7. De Nicolas Berdiaev, cf. en particulier De l'esclavage et de la liberté de l'homme et Essai de métaphysique eschatologique. où certaines phrases du chop. VIII, 2. pourraient être de Costonzo Preve. par exemple : « L'homme dons l'histoire est soumis à deux processus celui de l'individualisation et celui de la socialisation. »
8. Cf.. en particulier J. G. Fichée, La destination de l'homme [17891, ouvrage édité en 1800.



Deux numéros en vente sur le site Eléments et sur Krisis Diffusion




Au sommaire du N°33










Jean Haudry : La guerre dans le monde indo-européen préhistorique.
Alain de Benoist : Le héros et les « péchés du guerrier ».
Jean-François Gautier : « Polemos » ou de la nature des choses.
Alain de Benoist : Violence sacrée, guerre et monothéisme.
Yann le Bohec : L'effondrement militaire de l'empire romain.
Ludwig Gumplowicz : La guerre relève de la « lutte universelle » (1883).
Gaston Bouthoul : La guerre ne relève pas de la « lutte universelle » (1951).
Jean-Jacques Langendorf : Les apologistes de la guerre.
Julien Freund : Aperçus sociologiques sur le conflit.
Gabrielle Slomp : Cinq arguments de Carl Schmitt contre l'idée de «guerre juste».
Stefano Pietropaoli : Définir le Mal. Guerre d'agression et droit international.
Philippe Forget : Liens de lutte et réseaux de guerre.
Bruno Drweski : La guerre de classe a-t-elle disparu ?
Costanzo Preve : La lutte des classes : une guerre des classes ?
Francis Cousin : Contre les guerres de l'avoir : la guerre de l'Etre.
Carl von Clausewitz : Grandeurs morales et vertu militaire.


Au sommaire du N°34









Hervé Coutau-Bégarie : A quoi sert la guerre ?
Bruno Colson : Les historiens et la guerre.
Massimiliano Guareschi et Maurizio Guerri : La métamorphose du guerrier.
Laurent Henninger : Révolution militaire et naissance de la modernité.
Alexandre Franco de Sá : De la guerre des Etats à la guerre des étoiles.
Jure Vujic : Vers une nouvelle « epistémè » des guerres contemporaines.
Entretien avec Martin van Creveld : « Seuls les morts connaissent la fin de la guerre ».
Jean-Jacques Langendorf : Le laboratoire militaire prussien (1814-1914).
André Bach : Etats-Majors allemands et français de la Grande Guerre : de grandes différences culturelles.
Jean-François Gautier : Qu'est-ce qu'un officier ?

Entretien avec Christian Malis : Raymond Aron et le débat stratégique français.
Michel Goya : Dévolution dans les affaires militaires.
Alain de Benoist : Le retour de la France dans l'OTAN. Une analyse sur le vif (2009).
Entretien avec Yves-Marie Laulan : Le retour de la France dans l'OTAN. Une mise en perspective.
Georges-Henri Bricet des Vallons : Privatisation et mercenarisation de la guerre. La révolution de la « génétique » des forces armées américaines.
Jean-Claude Paye : Un épisode la « guerre contre le terrorisme » : les échanges financiers sous surveillance impériale.
Jacques Marlaud : De l'expérience intérieure au robot de guerre. Survol de l'Occident militaire.
Yves Branca : La quatrième guerre mondiale selon Costanzo Preve.
Johann Friedrich Constantin von Lossau : Que l'histoire est nécessaire à la profession des armes.


Revue KRISIS : 2 numéros consacrés au phénomène guerre



Repris de http://www.theatrum-belli.com/ : Revue KRISIS : 2 numéros consacrés au phénomène guerre

Au sommaire du N°33 de Krisis :
La Guerre (1)• Jean Haudry / La guerre dans le monde indo-européen préhistorique. • Alain de Benoist / Le héros et les « péchés du guerrier ». • Jean-François Gautier / « Polemos » ou de la nature des choses. • Alain de Benoist / Violence sacrée, guerre et monothéisme. • Yann le Bohec / L’effondrement militaire de l’empire romain. • Document – Ludwig Gumplowicz / La guerre relève de la « lutte universelle » (1883). • Document – Gaston Bouthoul / La guerre ne relève pas de la « lutte universelle » (1951). • Jean-Jacques Langendorf / Les apologistes de la guerre. • Julien Freund / Aperçus sociologiques sur le conflit. • Gabrielle Slomp / Cinq arguments de Carl Schmitt contre l’idée de « guerre juste ». • Stefano Pietropaoli / Définir le Mal. Guerre d’agression et droit international. • Philippe Forget / Liens de lutte et réseaux de guerre. • Bruno Drweski / La guerre de classe a-t-elle disparu ? • Costanzo Preve / La lutte des classes : une guerre des classes ? • Francis Cousin / Contre les guerres de l’avoir : la guerre de l’Etre. • Le texte – Carl von Clausewitz : Grandeurs morales et vertu militaire.
Au sommaire du N°34 de Krisis :
La Guerre (2)• Hervé Coutau-Bégarie / A quoi sert la guerre ? • Bruno Colson / Les historiens et la guerre. • Massimiliano Guareschi et Maurizio Guerri / La métamorphose du guerrier. • Laurent Henninger / Révolution militaire et naissance de la modernité. • Alexandre Franco de Sá / De la guerre des Etats à la guerre des étoiles. • Jure Vujic / Vers une nouvelle « epistémè » des guerres contemporaines. • Entretien avec Martin van Creveld / « Seuls les morts connaissent la fin de la guerre ». • Jean-Jacques Langendorf / Le laboratoire militaire prussien (1814-1914). • André Bach / Etats-Majors allemands et français de la Grande Guerre : de grandes différences culturelles. • Jean-François Gautier / Qu’est-ce qu’un officier ? • Entretien avec Christian Malis / Raymond Aron et le débat stratégique français. • Michel Goya / Dévolution dans les affaires militaires. • Alain de Benoist / Le retour de la France dans l’OTAN. Une analyse sur le vif (2009). • Entretien avec Yves-Marie Laulan / Le retour de la France dans l’OTAN. Une mise en perspective. • Georges-Henri Bricet des Vallons / Privatisation et mercenarisation de la guerre. La révolution de la « génétique » des forces armées américaines. • Jean-Claude Paye / Un épisode la « guerre contre le terrorisme » : les échanges financiers sous surveillance impériale. • Jacques Marlaud / De l’expérience intérieure au robot de guerre. Survol de l’Occident militaire. • Yves Branca / La quatrième guerre mondiale selon Costanzo Preve. • Le texte – Johann Friedrich Constantin von Lossau : Que l’histoire est nécessaire à la profession des armes.
 

La revue Krisis consacre deux numéros au phénomène guerre
Plusieurs angles sont abordés, notamment politique, sociologique et religieux