Charles Robin, itinéraire d'un gauchiste repenti

Pour un anticapitalisme intégral. Editions KRISIS. Parution 16 Janvier 2017.


Charles Robin présente Itinéraire d'un gauchiste repenti, durée 10 minutes


Comment être anticapitaliste aujourd’hui, à l’heure où la gauche elle-même intègre l’avant-garde du libéralisme mondialisé ? Les « gauchistes » radicaux refusent encore de se convertir ouvertement au marché, mais ils n’ont plus grand-chose à voir avec les vieux socialistes. Au lieu de lutter contre les injustices économiques, ils préfèrent « jouir sans entraves » et deviennent le complément libertaire de la droite libérale. Un camp dérégule l’économie, tandis que l’autre dérégule les mœurs. La société de jouissance promue par Mai 68 représente la face festive et branchée de la société de consommation.
Charles Robin a milité au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), avant de s’en éloigner. Il nous livre ici les raisons biographiques et intellectuelles qui l’ont amené à cette rupture, et les anathèmes auxquels il s’est du même coup exposé. Car la faction progressiste se montre très souvent sectaire. Plus elle oublie ses racines socialistes, plus elle ressent le besoin de se dire « de gauche », afin de mieux dénoncer toute pensée dissidente comme fasciste ou réactionnaire. Et elle se coupe ainsi des milieux ouvriers, qui constituaient autrefois sa base militante.

Après le succès de La gauche du Capital, Charles Robin prolonge son analyse de l’impasse libérale-libertaire, à travers des témoignages personnels, des entretiens et des essais qui jettent un regard décapant sur la modernité. Pour rompre avec l’idéologie du marché, nous ne pouvons plus nous contenter de mettre la barre à gauche. Nous devons élaborer de nouveaux clivages et restaurer une authentique alternative socialiste. Sans quoi le Capital continuera de tirer les ficelles de l’agitation contestataire.

Editions KRISIS.

Charles Robin est enseignant en philosophie à Montpellier. Il est l’auteur de La Gauche du Capital (Krisis, 2014).
Itinéraire d'un gauchiste repenti est en vente sur Krisis Diffusion, dans les pages centrales d'Eléments n°164 et sur le site éléments.

Prix de vente : 18 euros.
Parution  : 16 janvier 2017.




Charles Robin gauchiste repenti
Emission en trois parties, à visionner ci-dessous
















Emission diffusée en direct le 8 février 2017

«Le marché a trouvé le moyen de combler les lacunes produites à partir de cette atomisation sociale, car il propose la marchandise sur mesure qui permettra aux individus de combler leurs manques et de satisfaire leurs carences affectives. L'objet transitionnel permet à l'enfant de compenser le manque de la mère. Chez l'adulte, il permet de compenser le manque affectif par la marchandise.»







Pour l’essayiste Charles Robin, la gauche a trahi le socialisme en renouant avec ses racines libérales. 

Ainsi a-t-elle dévoilé la connivence entre la droite et la gauche.

La gauche œuvre-t-elle à sa propre destruction ? Il ne s'agit pas ici de la redondance Hamon/Mélenchon et de leur duel à venir… non, la question est plus profonde, elle est « métapolitique », devrait-on dire, avec un peu de facilité. Par-là, nous voulons dire : la gauche, historiquement soucieuse d'égalité, de justice sociale, désireuse de combattre le capitalisme et le consumérisme, a-t-elle trahi ses idéaux ?
Pour répondre à ces questions qui éclaireront à n'en pas douter la situation politique contemporaine, nous avons accueilli en studio Charles Robin, un jeune ambassadeur de cette gauche à la fois anarchisante et orwelienne, empreinte et désireuse de « common decency », c'est-à-dire de décence commune, de décence populaire. Son essai Itinéraire d'un gauchiste repenti, pour un anticapitalisme intégral (éditions Krisis, 2017) est un ouvrage autobiographique, il s'ouvre par la petite histoire d'une grande désillusion, la sienne…
Regardez l'intégralité de l'entretien :
Extraits :
« La gauche souffre d'être ce qu'elle est (…) nous sommes à une période où le peuple ne s'y trompe plus et a bien compris que la gauche n'incarnait plus les classes populaires. Lionel Jospin en 2002 disait que son programme n'était pas socialiste mais « moderne ». Valls ne se définissait pas comme socialiste. Nous sommes ici dans des stratégies de communication. Mélenchon incarne bien cette exaspération populaire. La question est de savoir à quel point ils ont les mains libres pour opérer conformément à leur discours. Beaucoup d'acteurs politiques de gauche sont dans la posture populaire et révolutionnaire mais le pouvoir ne leur appartient plus réellement. »
Le libéralisme au bout de sa logique
« Je ne réduis pas le libéralisme à une doctrine économique ni même à une idéologie politique. J'en fais, à la suite de Jean-Claude Michéa, un véritable paradigme, c'est-à-dire une vision du monde. Le libéralisme ne se réduit pas au pouvoir des chefs d'entreprises de licencier ou de délocaliser. Ce n'est pas non plus simplement le désengagement de l'État vis-à-vis de l'économie. Le libéralisme, c'est une manière de voir le monde qui considère que l'individu est une entité totalement détachée du groupe, qui va jusqu'à nier l'idée même de communauté au nom de la liberté individuelle, reposant sur le principe selon lequel chaque individu doit pouvoir se déterminer librement à agir selon sa propre conception du bien et du bonheur. On ne fait simplement pas reposer un système social et politique sur cette seule idée de liberté individuelle. Il existe un certain nombre de valeurs communes. A partir du moment où le libéralisme se déploie dans l'histoire, il ne peut qu'aller au bout de sa logique : il ne peut s'arrêter en chemin… »
Petit éloge de la dignité
« Je remarque aujourd'hui une réactivation de cette vision de la politique, qui veut s'appuyer seulement sur les faits, les faits et rien que les faits. C'est sûr que si on ne s'appuie que sur les faits, la dignité humaine n'existe pas, parce vous ne la rencontrerez pas dans la rue. Ce n'est pas quelque chose de matériel, de rationnel. Mais c'est quand même quelque chose qui fonde notre rapport aux autres. Les sentiments qui animent les hommes et font qu'ils peuvent vivre en concordance les uns avec les autres reposent en grande partie sur ces valeurs qui peuvent paraître abstraites et métaphysiques mais qui sont malgré tout une partie intégrante de l'être humain ».
Décadence et carence affective
« On peut parler d'une décadence sur le plan du constat, sans prôner un retour à l'ordre moral. Si la fin de la civilisation entraîne avec elle une destruction de toutes les valeurs qui font une civilisation, cela ne me paraît pas excessif… même si à titre personnel je ne l'emploie pas (…). Dans le rejet de la société décadente, il y a une partie émotionnelle très vive qui empêche de faire un constat lucide sur la situation actuelle. Effectivement, on assiste depuis le XVII-XVIIIème siècle à un processus d'atomisation générale (…) accompagné de la recherche absolue du plaisir personnel, qui prend la forme de la consommation compulsive. Le marché a trouvé le moyen de combler les lacunes produites à partir de cette atomisation sociale, car il propose la marchandise sur mesure qui permettra aux individus de combler leurs manques et de satisfaire leurs carences affectives. L'objet transitionnel permet à l'enfant de compenser le manque de la mère. Chez l'adulte, il permet de compenser le manque affectif par la marchandise. »
Droite/Gauche… et socialisme
« Il y a une grande confusion : confondre la gauche et le socialisme. La gauche s'est construite de manière parfaitement indépendante à la question du socialisme. Celui-ci est apparu plus tard, indépendamment du clivage droite/gauche qui opposait la droite royaliste, conservatrice et la gauche progressiste et libérale qui œuvrait pour la reconnaissance des libertés individuelles. Le socialisme était étranger à cette problématique-là. Ce n'est que par un jeu d'alliances historiques que la gauche et le socialisme ont entretenu des liens. Essentiellement pour combattre la droite. À partir de là, la gauche et le socialisme en sont venus dans l'imaginaire collectif à désigner exactement la même chose. Effectivement, pendant les réformes populaires, la gauche et le socialisme faisaient front commun. Mais à partir du moment où Mitterrand amorce le tournant de la rigueur, (…) on assiste au divorce idéologique entre la gauche et le socialisme. La gauche est redevenue ce qu'elle était dans son essence : non pas un mouvement politique préoccupé par la condition des classes populaires, mais un mouvement idéologique philosophique préoccupé par le progrès des libertés: toutes les mesures prises sous le gouvernement Hollande sont des mesures sociétales, par exemple Le Mariage Pour Tous (…). »
L'unité du libéralisme
« Beaucoup de personnes n'ont pas compris qu'en critiquant la gauche, je ne faisais pas valoir une adhésion aux idées de la droite. Issu d'un milieu gauchiste, (…) je voyais dans la droite un mouvement politique en faveur des puissants de ce monde. Lorsque je m'en suis pris à la gauche c'est parce que précisément j'observais une connivence entre son libéralisme culturel et le libéralisme économique de la droite. Le clivage droite-gauche est précisément artificiel. Droite et gauche sont les deux faces complémentaires et parallèles d'un même mouvement de pensée, qui s'appelle le libéralisme. La gauche va assurer le volet culturel du libéralisme, la droite va en assurer le volet économique, mais au fond elles se rejoignent assez bien : la gauche prend des mesures assez libérales sur le plan économique, et la droite a de plus en plus de mal à cacher le fait qu'elle ne reviendra pas sur les mesures libérales prises par la gauche. On assiste à un moment de véritable révélation : au sens où se révèlent les contradictions majeures de la droite et de la gauche. Ce qui apparaît aujourd'hui, c'est l'unité profonde du libéralisme politique et du libéralisme économique ».





Charles Robin, itinéraire d'un gauchiste repenti en vente sur Krisis Diffusion
Charles Robin, itinéraire d'un gauchiste repenti, éditions Krisis, en vente sur Krisis Diffusion et Eléments


Depuis quelques années, Charles Robin est connu pour travailler sur un sujet qui lui vaut quelques ennemis. Il s’agit de l’analyse philosophique du libéralisme. Il étudie le libéralisme en philosophe, ce qui n’est pas la même chose que d’étudier la philosophie libérale (qui a beaucoup évolué du reste).
Victor Hugo distinguait, sous la Restauration, un « libéralisme destructeur » et un « libéralisme conservateur ». Toute l’analyse de Charles Robin consiste à expliquer que le libéralisme ne peut être que destructeur s’agissant des liens sociaux non marchands. Le libéralisme ne peut pas être conservateur de ce qu’il y a de bon à conserver, comme les mœurs de dons et de contre dons des sociétés traditionnelles. Les conservateurs d’une certaine socialité décente et populaire ne peuvent donc pas être libéraux. Et cet écart critique au libéralisme ne peut être que global, à savoir qu’il s’agit de s’opposer au libéralisme économique mais aussi au libéralisme politique (en tant qu’il organise l’impuissance du politique) et sociétal (dont le fruit est le libéralisme libertaire).
Cette analyse de Charles Robin se situe dans la lignée de Jean-Claude Michéa et de Michel Clouscard – qui n’avait toutefois pas toute la rigueur du premier. Alain Soral a popularisé ces thèmes lui aussi sur Egalité et réconciliation. Plutôt que de discuter sur le fond des argumentations solides, étayées de références de Charles Robin, « on » a préféré l’isoler, le « discriminer » (sic) sur la base de ceux qui aiment à le lire, à le citer, à mettre en ligne ses conférences. Discrimination ? C’est le mot moderne pour éviter de parler d’injustice. Car il est injuste de mettre sur la touche Charles Robin parce qu’il ne uvre-t-elle à sa propre destruction ? Celle-ci, historiquement soucieuse d’égalité, de justice sociale, désireuse de combattre le capitalisme et le consumérisme, a-t-elle trahi ses idéaux ?pense pas dans les clous. Mais aussi parce que ses idées sont reprises par des sites numériques ou des maisons d’éditions dites « confusionnistes » (sic) voire « conspirationnistes ».
De fait, Charles Robin n’est « pas clair » au regard du système. Cela veut tout simplement dire qu’il n’est pas aligné et qu’il pense ce qu’il écrit en écrivant ce qu’il pense. Où irait-on si tout le monde faisait comme lui ? Il était temps d’y mettre le holà. Les gardiens du politiquement correct s’y sont attelés. Comme quoi le système existe bien et « fonctionne ». Il persiste dans son être. Il persévère dans son conatus, pour employer un langage familier à Charles Robin.
Qu’est-ce que »on » ne pardonne pas à Charles Robin ? C’est que, puisqu’il pense vraiment que la gauche internationaliste est devenue la même chose que la droite mondialiste, le dit et refuse de se dire encore de gauche ou d’extrême gauche. Pour autant, il n’a pas rallié une quelconque droite extrême. Il fréquente les non-alignés, les journalistes indépendants. On peut présumer que dialoguer avec des collaborateurs d’Eléments ne veut pas dire être en accord avec toutes les lignes parues dans cette revue, mais c’est un fait que les revues ouvertes à la liberté d’expression se font rares. Elles sont d’autant plus précieuses.
Il faut donc lire et écouter Charles Robin là où on peut le faire et, pour l’instant, force est de constater que ce n’est pas sur le site de la fondation Jean Jaurès (fondation proche du P.S). Il faut travailler les écrits de Charles Robin, les lire crayon en main. La matière de son dernier livre est riche. Les textes Etre cause de soi et Sagesse anarchiste, qui se réfère subtilement à Platon avec une lecture inattendue, sont particulièrement passionnants. Décidément, dans un monde formaté par le Capital, il faut être attentif aux marges de l’esprit.

Charles Robin, Itinéraire d’un gauchiste repenti. Pour un anticapitalisme intégral,
éditions Krisis, 200 pages, 18 €
En vente sur Krisis Diffusion et Eléments



Du même auteur : La Gauche du capital

À la suite de Jean-Claude Michéa, l’auteur, qui a milité dans le passé au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), invite à remonter aux sources du projet libéral afin d’en saisir la genèse intellectuelle. Il montre en quoi l’individualisme économique qui définit le modèle anthropologique de la droite rejoint une conception de l’individu dont le cadre d’épanouissement serait fourni par la société «plurielle» et «progressiste» tant célébrée par la gauche et l’extrême gauche. Il explique du même coup pourquoi la gauche privilégie désormais le «sociétal» au détriment du social, sans souci des catastrophes engendrées dans les classes populaires par l’application forcenée des principes du Marché. Olivier Besancenot et Laurence Parisot, même combat! 

Seule la prise en compte de ces deux « faces » du libéralisme permet de saisir le rôle essentiel du discours culturel de la gauche dans le processus de domination capitaliste marchand.

> L’analyse et la critique sans concession d’une gauche libertaire vendue au capitalisme financier.

La gauche du capital: libéralisme culturel et idéologie du marché, Charles Robin, préface de David L'Épée. Prix de vente: 18 euros TTC. Frais de port Toutes Destinations offerts dès 40 euros d'achat.
Numéros : ISBN 978-2-916916-11-8  / EAN 9782916916118  /  Notice BnF n° :  FRBNF44222956




Extrait de la revue La Nef n°280 - Avril 2016


Robin de Benoist L'Epée La Gauche du capital Krisis
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 Mise en vente : 16/01/2017
 Nouveau produit

Pour un anticapitalisme intégral. 

Charles Robin. 
Editions Krisis. 

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