Au-delà des Droits de l'Homme, Alain de Benoist

«Le sacre des droits de l'homme », a écrit Marcel Gauchet, «est à coup sûr le fait idéologique et politique majeur de nos vingt dernières années.» Les droits de l'homme tendent, en effet, à devenir la boussole unique d'une époque désorientée. Ils auraient même un caractère sacré. C'est pourquoi il paraît désormais aussi inconvenant, aussi blasphématoire de critiquer l'idéologie des droits de l'homme qu'il l'était autrefois de douter de l'existence de Dieu.


Mais aujourd'hui, le discours des droits de l'homme n'a pas seulement pour but de fournir une idéologie de substitution après l'effondrement des «grands récits». En cherchant à imposer une norme morale particulière à tous les peuples, il vise à redonner bonne conscience à l'Occident en lui permettant de s'instituer une fois de plus en modèle et de dénoncer comme des «barbares»? ceux qui refusent ce modèle. Dans l'Histoire, les « droits » n'ont été que trop souvent ce que les maîtres de l'idéologie dominante avaient décidé de définir ainsi. Que les droits de l'homme soient proclamés avec force dans une société de plus en plus déshumanisée, où les hommes tendent eux-mêmes à devenir des objets, où la marchandisation des rapports sociaux crée partout des phénomènes d'aliénation inédits n'est pas un hasard. Associé à l'expansion des marchés, le discours des droits de l'homme constitue l'armature idéologique de la globalisation. Il est avant tout un instrument de domination et doit être regardé comme tel.



Les hommes doivent pouvoir lutter partout contre la tyrannie et l'oppression. Contester l'idéologie des droits de l'homme, ce n'est donc évidemment pas plaider pour le despotisme, c'est bien plutôt contester que cette idéologie soit le meilleur moyen d'y remédier. C'est s'interroger sur la validité des fondements de cette théorie, sur le statut nomologique de ces droits, sur les possibilités d'instrumentalisation dont ils peuvent faire l'objet. C'est aussi proposer une autre solution. La question des libertés ne saurait se résoudre en termes de droits ou de morale.



Elle est avant tout une question politique. Elle doit être résolue politiquement.Les hommes doivent pouvoir lutter partout contre la tyrannie et l'oppression.

Contester l'idéologie des droits de l'homme, ce n'est donc évidemment pas plaider pour le despotisme. C'est bien plutôt contester que cette idéologie soit le meilleur moyen d'y remédier. C'est s'interroger sur la validité des fondements de cette théorie, sur le statut nomologique de ces droits, sur les possibilités d'instrumentalisation dont ils peuvent faire l'objet. C'est aussi proposer une autre solution.
La question des libertés ne saurait se résoudre en termes de droit ou de morale. Elle est avant tout une question politique. Elle doit être résolue politiquement.
  • ISBN:2-36371-154-0
  • Format: 140x225
  • Pages : 173 p.
ISBN: 2-36371-154-0
Prix de vente: 19 euros TTC.

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A propos d'Au-delà des Droits de l'Homme  




A propos d'Au-delà des droits de l'homme


































































































CRITIQUE POSITIVE PAR LA SOCLE

"Le SOCLE a pour but de rassembler les tenants de la grande Tradition européenne à travers un travail collectif de critique positive.
En quoi consiste notre travail de critique positive ? Il s'agit pour chaque membre de présenter à ses camarades une œuvre de la Tradition au sens large du terme. Nous partons d'un constat simple. Le nombre de livres pouvant être lus dans une vie est limité. Au SOCLE, chaque membre se spécialise dans une veine de la grande Tradition européenne et de par son travail, permet à ses camarades d'avoir accès à la quintessence d'une œuvre qui ne fait pas partie de leurs courants de pensée. Au fur et à mesure, chacun devient de plus en plus érudit en son domaine tout en profitant des travaux de ses camarades. Et ce bénéfice est d'autant plus grand que le nombre de membres du SOCLE augmente.
Le but de nos travaux et de nos lectures est de pouvoir déterminer ce qu'est la Tradition européenne et les solutions qu'elle nous apporte face aux défis immenses que nous affrontons aujourd'hui. C'est pourquoi nous faisons nôtre le titre du premier écrit de Dominique Venner. Comme lui, nous voulons sortir de la critique permanente de notre époque sans pouvoir être capable d'affirmer nos valeurs et trouver des solutions. Ces solutions existent, et elle se trouvent dans les écrits de nos maîtres que nous accumulons depuis des millénaires et qu'aujourd'hui nous sommes incapables d'exploiter. Se plonger dans la Tradition et revenir avec elle, telle est notre ambition."






LE SOCLE : Au-delà des Droits de l'Homme, d'Alain de Benoist







Alain de Benoist est un philosophe et journaliste français, ainsi qu'une figure de la Nouvelle Droite, courant de pensée national-européen lié au Groupement de Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne (GRECE), qu'il a cofondé en 1969. Bien qu'officiellement rattaché au courant royaliste, qui m'associe automatiquement à un patriotisme national et me lie aux institutions de notre pays (mais pas toutes !) ainsi qu'à ses racines chrétiennes, il m'arrive de profiter de mon étiquette de libre-penseur au sein du Socle pour partir chasser hors de ma zone de confort. La première critique positive que j'ai rédigée pour le Socle traitait du livre L'Empire du Moindre Mal, brillante critique du libéralisme par le grand penseur de gauche Jean-Claude Michéa. Elle n'a pas été publiée car elle ne collait hélas pas à sa ligne éditoriale, alors en pleine ébauche : ce n'était pas tant une critique positive qu'une descente en flammes d'un modèle honni. Mais c'était de bonne guerre. Je la cite cependant ici car l'apport du livre d'Alain de Benoist à l'élaboration de ma pensée politique m'a rappelé celui du livre de Michéa : il y a maintenant trois ans, ce dernier a brutalement accéléré mon évolution, jusque là inévitable mais poussive, vers le libéralo-scepticisme. Comme disait l'intellectuel allemand Carl Schmitt, on se définit par son ennemi. Cet ennemi nous est précieux. Et Au-delà des Droits de l'Homme a continué le travail en livrant une violente charge contre un dogme qui est, avant tout, d'essence libérale.

Félix Croissant, pour le SOCLE

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D'abord, un petit rappel technique et historique de ce que sont les Droits de l'Homme, que j'appellerai à partir de maintenant « DH » puisqu'ils ne méritent pas mieux que des initiales : c'est un concept, à la fois politique et philosophique, selon lequel tout être humain possède des droits universels, indépendamment de ce qu'on appelle le « droit positif », c'est-à-dire la juridiction en vigueur dans son pays, ou des valeurs de la société à laquelle il appartient. Ces droits, inhérents à sa personne et rien de moins que sacrés, priment donc sur tout le reste, en toute circonstance. Leur texte fondamental est la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 ; rien de neuf de ce côté-là.

Passons sur le fait que l'idée d'universalité n'a pas, elle-même, d'universalité, et grattons plutôt à la surface, pour commencer. Les DH sont donc ce que tous les hommes sont censés posséder en vertu de leur qualité d'homme. L'individu né littéralement avec ces droits bien évidemment imprescriptibles ; pour en jouir, il n'a qu'à être. C'est presque magique. Le mot « sacré » a été écrit quelques lignes plus haut. Il dit l'essentiel : les DH sont tout ce qu'a osé garder comme élément de sacré un Occident épouvanté par son passé, ses traditions, et ses valeurs. Ils sont la dernière en date de nos religions civiles, pour reprendre les mots de Régis Debray, la « religion de l'Occident contemporain » (ROC), « qui a déjà ses grands prêtres et son bas clergé, ses théologiens et ses missionnaires, ses saints et ses martyrs ». Après tout, une grande lubie des droits-de-l'hommistes est le caractère sacré de la vie humaine : on n'y touche pas, point. Comment ne pas comprendre leur haine de la peine capitale ? Quand le sacré se mêle aux affaires, il n'y a plus de débat possible.

Continuons avec un peu de politique. La Déclaration est probablement le « magnum opus » du courant des Lumières. Or, les Lumières étaient essentiellement libérales. Découvrir que les DH sont un véhicule de diffusion du libéralisme n'étonnera personne. Il suffit de jeter un oeil à l'article 4 de la Déclaration, qui stipule que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », état d'esprit garant du grand laisser-aller qui caractérise nos démocraties, brèche morale dans laquelle s'engouffrent toutes les revendications identitaires possibles et imaginables, et dont profitent tous les fanatiques de la sacrosainte émancipation pour faire avancer leurs causes plus ou moins mortifères, de l'homoparentalité au port du voile islamique en passant par la promotion de l'avortement – la récente « Marche des femmes » de Washington n'arborait-elle pas d'improbables t-shirts « I love Abortion », rappelant une improbable déclaration de l'actrice Lena Dunham, icône médiatique du féminisme américain dans ce qu'il a de plus vulgaire et radical ?

Résumons : les DH font partie intégrante d'un projet de société bourgeois, libéral et cosmopolite. Je ne m'attarderai pas des heures sur leur ethnocentrisme maladif, mais un peu quand même. Ils n'ont pas inventé les libertés individuelles (la civilisation européenne n'a pas attendu Condorcet pour ça !). Ils n'ont pas apporté la dignité à l'homme, qui ne vivait pas depuis des millénaires dans les plus sombres ténèbres. Tout ce qu'ils sont à l'origine, et pour vraiment faire simple, c'est l'outil d'expansion idéologique d'une classe sociale, la bourgeoisie, qui a renversé la noblesse et précipité 1789 non pas par amour de la liberté et du vulgum pecus, mais par simple désir de pouvoir ; un outil porteur d'une vision de l'homme purement individualiste… et bonne pour les affaires, car à mille lieues de ce qu'était l'économie stationnaire médiévale. Aujourd'hui réduite aux Droits de l'Homme sans le Citoyen, ce dernier passant à la trappe car il est moins détendu et plus astreignant que l'« Homme », concept aussi romantique que vague, cette idéologie inspire des revendications de toutes natures qui pèsent continuellement sur la vie des nations, préférant l'individu hors-sol à la communauté de destins, remplaçant l'ordre par le désir personnel et la justice par le droit dans une posture somme toute très américaine. Cette idéologie mine la démocratie : comme la politique et la morale, l'individu et le collectif font deux. En y réfléchissant bien, la ratification démocratique et l'idée de majorité vont à l'encontre de l'idée même de liberté individuelle, puisqu'elles impliquent d'imposer une décision à un individu… Problème : avec la modernité malade, et dans nos démocraties représentatives hautement dysfonctionnelles, l'individu est en train de gagner la partie. C'est pourquoi une instance sans légitimité démocratique comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) passe son temps à bafouer les souverainetés populaires en s'opposant à des lois votées démocratiquement, et pourquoi le Conseil Constitutionnel, seule institution capable de censurer une loi, ignore souvent l'opinion des Français quand leur pays ne va pas dans un sens assez… progressiste. Margaret Thatcher, chantre du capitalisme libéral s'il en est, n'a-t-elle pas dit qu'« il n'y a pas de société » ? Pour rattraper le niveau, il est recommandé de lire ce qu'ont écrit à ce sujet un Burke, un Tocqueville, ou encore un Bonald (« la société n'est plus un corps en général, mais une réunion d'individus »). Enfin, les DH peuvent être vus comme la vaseline morale de la colonisation par la « guerre juste », doctrine qui aura séduit tant le Saint-Siège du temps des Croisades que Washington dans sa politique étrangère : ce sont essentiellement les DH qui servent de justification morale au « camp de la liberté » pour se mêler des affaires du monde, et foutre un bazar aussi catastrophique que criminel au Moyen-Orient non pas par esprit de justice, mais dans une stricte logique de profit.

Dans Au-delà des droits de l'homme, Alain de Benoist tire des conclusions claires et sans concession : l'idéologie droit-de-l'hommiste est une des forces obscures que les guerriers de la lumière que nous sommes doivent impérativement combattre. Développons un peu les manifestations de sa toxicité.

Les dés sont pipés

Avec les DH, nous sommes ainsi en présence d'un droit dont la nature reste indéterminée : on ne peut pas dire que leur déclaration appartient au droit naturel dans la mesure où ces droits ne peuvent entrer en vigueur qu'à partir du moment où ils ont été proclamés. Une grande question se place en travers de leur chemin illuminé : qu'est-ce que l'homme ? Il nous en faut une définition précise. Or, aucun consensus n'a été établi sur ce point. De la même manière, leurs aspirations universalistes ont requis une rédaction en contradiction avec la diversité des hommes et des peuples, produits d'une histoire singulière, aussi leurs auteurs ont-ils élaboré une vision de l'homme consensuelle qui consacrait exclusivement leur conception individualiste du monde, et leur « homme » repose-t-il non sur de la science, mais sur de l'opinion. La nature humaine est un concept tout aussi instable, car « pour les Anciens, écrit de Benoist, elle ordonnait les individus au bien commun ; pour les Modernes, elle légitime leur droit de poursuivre n'importe quelle fin, si bien qu'ils n'ont fondamentalement en commun que ce droit. » Citons Raymond Aron pour surenchérir : « Bien entendu, les formules comme "les hommes naissent libres et égaux en droit" ne résistent pas à l'analyse : "naître libre", au sens propre, ne signifie rien ». Si les DH, « tyrannie de l'hypertrophie morale » selon l'anthropologue allemand Arnold Gehlen, ne peuvent imposer leur vérité comme LA seule vérité possible, tout l'édifice universaliste s'écroule. D'où l'attitude incantatoire, les postures victimaires, le chantage lacrymal et les anathèmes hystériques de leurs défenseurs : eux et leur théorie n'ont que de la gueule.

Les DH doivent énormément à la notion kantienne de dignité humaine, qui se constitue en négligeant parfaitement la nature. Dans la Rome antique, la dignitas, une de leurs vertus fondamentales (ou « mos majorum », littéralement « moeurs des anciens »), ne pouvait être présente également en chacun, puisqu'elle s'apparentait au mérite ; la « dignité » kantienne, elle, est l'absolu contraire : elle est acquise, comme les DH, ce qui fait de tout homme le détenteur d'une « dignité » inhérente à sa condition, qu'il se nomme Adolf Hitler, Mère Teresa, ou Jean-Marc Morandini – n'oublions pas que l'idéologie des droits de l'homme accorde les mêmes droits au loup et au mouton, au renard et au poulailler. Nous sommes désormais tenus de produire la loi morale à partir de nous-mêmes, et l'homme n'a plus pour juger que les canons de la pensée rationnelle. L'abstraction des DH met ainsi la nature hors-jeu : tout peut être remis en question au nom du relativisme moral. « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », dit donc l'article 4… que de Benoist ne loupe pas dans un passage fort amusant. Quid d'un malade mental qui accepterait contractuellement de se faire dévorer par un tueur en série cannibale ? La rengaine préférée des permissivistes, « en quoi ils te dérangent ? », fonctionnerait-elle encore, dans ce cas ? Est-elle suffisante pour justifier que l'on laisse un héroïnomane foutre en l'air sa vie sous prétexte qu'il est consentant ?

Avec ses fantasmes de paix perpétuelle et d'État universel, Kant peut être vu comme un des inspirateurs de la mondialisation. Hegel a reproché à l'universalisme kantien d'ignorer la diversité des peuples, et d'être, de fait, incapable de fournir des normes concrètes pour l'action. C'est précisément pourquoi les DH, esclaves de leur éthique libérale, s'escriment depuis toujours à rechercher un principe axiologiquement neutre et universel… mais cette neutralité ne sera jamais qu'artificielle.

Le « problème » du christianisme

Point délicat d'Au-delà des Droits de l'Homme, et donc du présent texte, qui pose votre serviteur en porte-à-faux vis-à-vis de ses camarades catholiques : sa critique pas vraiment masquée du christianisme. J'étais déjà conscient des éléments de ce dernier qui me posent problème, comme le fait que l'amour chrétien ne connait aucune frontières, la voie royale que la doctrine a ouverte à l'individualisme en établissant une ligne de communication directe entre Dieu et l'homme, ou encore la contribution zélée de l'Église catholique à la propagande progressiste. Même le subversif Benoit XVI a admis que « ce ne sont pas seulement les droits qui sont universels, mais également la personne humaine »… Et au final, le fait est que la civilisation chrétienne a engendré les DH. Pas les hindous, ni les Aborigènes, ni les Raëliens, et certainement pas les Musulmans. À notre grand dam, il semblerait que seul le christianisme pouvait réunir les conditions nécessaires à la naissance d'une pareille folie. De Benoist écrit : « Par ses innovations anthropologiques majeures, le christianisme creuse un fossé entre l'origine de l'homme (Dieu) et son existence temporelle. Il entame, au plan métaphysique, une séparation de l'individu et du social qui aboutira à celle de l'homme et du citoyen. La tradition augustinienne stipule que l'appartenance à la cité supraterrestre sera affirmée aux dépens de celle qui rattache l'homme à ses semblables. » C'est ici le germe des libertés modernes de l'individu, qui seront opposables à l'État. Saint-Augustin a également développé l'idée que le for intérieur se substitut au « monde désacralisé comme lieu de la vérité, annonçant l'idée moderne d'une sphère privée qui serait le lieu privilégié de l'épanouissement individuel, ouvrant la voie à l'individualisme matérialiste ». « La division entre le Chrétien et le citoyen, commente Pierre Manent, spécialiste du libéralisme, est devenue la division entre l'individu et l'homme social. Leur conflit est devenu le conflit entre l'individu et la société. » Les droits-de-l'hommistes historiques ont été aidés, dans leur formulation des droits abstraits, par les puritains du Nouveau Monde. On peut constater qu'une fois de plus, la religion chrétienne a poussé en avant l'Individu… sans négliger qu'il s'agissait cette fois-ci de Protestants, d'autant plus individualistes.

La croyance en un Dieu unique permet par ailleurs de représenter tous les hommes sans distinction comme également fils de Dieu. Citons Saint Paul : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme, car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Galates 3, 28). Ainsi apparait, par opposition à la citoyenneté sans universalité inventée en Grèce, une universalité sans citoyenneté. Il est indiscutable que l'égalitarisme, qui sous-tend le droit naturel d'appartenance à la communauté humaine, ne peut être séparé de son horizon judéo-chrétienne, voire des valeurs évangéliques. De Benoist écrit : « L'amour chrétien ne connait aucune frontière. Son universalisme étant sans limites, il contient en germe tous les développements ultérieurs de l'idée de "mêmeté" foncière. » Le christianisme pose la valeur de l'être humain comme absolue, c'est-à-dire dissociable de ses qualités personnelles, permettant à Adolf Hitler d'avoir la même valeur que Mère Teresa, comme nous l'avons vu plus haut.

Fausse universalité, vrai outil de domination

Développons un peu le fait que les DH ne dépassent pas le cadre spécifique de la modernité occidentale, soit des Lumières. Premier exemple : la notion même de « droit » n'a rien d'universel si l'on s’en tient aux langues du monde, dont chacune lui donne une définition bien à elle. En indien, c'est approximatif (approprié, juste, obligé…), en chinois, ça juxtapose deux notions (pouvoir et intérêt), et en arabe, le mot « haqq » signifie d'abord la vérité… Exemple 2 : « la triple-séparation que la théorie des DH opère n'existe pas dans l'immense majorité des cultures extra-européennes, que ce soit celle entre l'homme et les autres vivants, entre l'homme et la société (le fait social ne joue aucun rôle dans la nature humaine), ou entre l'homme et le cosmos (la nature humaine ne doit rien à l'ordre général des choses) »… Les DH ne fonctionnent pas sans leur prétention universelle : y renoncer ruinerait tout le système, car reconnaître leur européanité surlignerait leur nature d'outil de conversion et de domination culturelle de l'Europe sur le reste du monde. Car c'est tout ce qu'ils sont : si les droits de l'homme étaient à ce point universels, comment cela se ferait-il que l'humanité entière ait attendu 1789 et une assemblée d'hommes blancs (les têtes de turcs du progressisme, soit dit en passant…) pour les révéler ? Claude Lévi-Strauss a écrit qu'« il ne peut y avoir de civilisation mondiale dans le sens absolu que l'on accorde à ce terme, car la civilisation implique la coexistence de cultures qui offrent le maximum de diversités entre elles ». C'est à se demander si les droits de l'homme ne sont, en fait, universels qu'à condition d'inclure le droit de ne pas croire au dogme de l'universalité des droits…

Petit florilège de méfaits listés dans Au-delà des Droits de L'Homme : c'est au nom des droits de l'homme que l'on a procédé à la vente forcée des communaux et que l'on a voté la loi Le Chapelier, qui interdisait les coalitions ouvrières en y voyant un attentat contre la liberté ; c'est au nom des droits de l'homme que l'Occident, à partir du XIXème siècle, a essayé d'implanter partout dans le monde les normes qui lui étaient propres ; c'est au nom des droits de l'homme que les USA ont soutenu, durant la Guerre Froide, les dictatures les plus brutales au seul motif qu'elles participaient au containment du soviétisme (en fait un capitalisme d'État) ; que les USA ont déclaré, après le 11 septembre, la guerre à "l'axe du mal", avec les brillantes conséquences que l'on sait ; que l'on a engagé la lutte contre toutes les discriminations tout en abandonnant le combat pour la justice sociale ; que l'on réclame la gestation pour autrui et explique que la lutte contre les stéréotypes de genre exige l'abolition du masculin et du féminin ; que l'on justifie l'arrivée en France d'une masse d'immigrants toujours plus considérable ; que la Cour de justice européenne a interdit que soient pénalisés les étrangers en situation irrégulière ; que l'on décrète archaïques les aspirations du peuple à ne pas voir laminés les liens hérités du passés, ceux-là même qui les « libèrent » (assistance réciproque, structures sociales organiques, réseaux d'entraide, don et contre-don, etc.). Que l'on décrète l'abolition du sacré. (…) »

Nous l'avons compris : les DH sont la vaseline de la guerre de domination moderne. Pour pallier l'instabilité politique qui entravait l'expansion du marché, les Américains ont restreint le champ des pratiques démocratiques dans les pays du Tiers-monde en recourant… aux DH. En découle la redéfinition de la démocratie comme le « régime qui respecte les DH », c'est-à-dire la seule démocratie tolérée par la World Company. Si les pays résistent, il y a toujours la possibilité d'envoyer l'aviation. Le droit international westphalien de 1648 s'est vu bouleversé par cette justification du droit d'ingérence humanitaire qualifié de « guerre juste » (comme celle qu'ont mené les USA contre la Serbie de Milosevic). Cette dernière tient sur un raisonnement plus effrayant encore que les massacres eux-mêmes : qui fait la guerre au nom de l'humanité ne peut que placer ses adversaires hors-humanité, et donc hors de tout droit. Remarque : en 1917, le président Woodrow Wilson a introduit dans le droit international une conception discriminatoire de la guerre qui a fait de la « guerre juste » l'équivalent d'une croisade ; la boucle est bouclée. En fait, l'idéologie des droits de l'homme entraine moins la libération des peuples que la police des nations.

L'empire des contradictions

Le relativisme, dont l'essor doit énormément au malfaisant Pierre Bourdieu, est intenable : si tout est relatif, la proposition selon laquelle tout est relatif l'est également. Logique ? Logique. Mais ses tenants n'en sont pas à une contradiction près.

Au sujet des DH, Jean-Jacques Rousseau a écrit qu'il faut opter entre faire un homme ou un citoyen car on ne peut faire à la fois l'un et l'autre, et que nous ne commençons à devenir hommes qu'après avec été faits citoyens. J'ai parlé, au début de ma critique, de l'opposition entre le droit positif, celui d'une société réservée à ses citoyens, et le droit naturel, l'universel vanté par la Déclaration (à la propriété, à la vie, à la liberté d'action, aux parties à trois, etc.). Leur opposition est inévitable : les DH tendent à garantir aux individus le droit d'échapper à la vie publique, tandis que ceux du citoyen exigent au contraire leur participation ; les DH ne sont par définition assortis d'aucun devoir, tandis que ceux du citoyen en appellent inévitablement. Parce que les DH empiètent largement sur ceux du citoyen depuis des décennies, la propagande droit-de-l'hommiste s'est efforcée de conférer à la notion même de devoir une image négative. Pour parler de devoirs, il faut être un affreux sarkozyste, par exemple. Peu importe que Gandhi, pourtant révéré par tous les khmers poudrés de la rue Saint-Honoré, ait écrit : « J'ai appris de ma mère, illettrée mais fort sage, que tous les droits dignes d'être mérités et conservés sont ceux que donnent le devoir accompli. (…) Tout autre droit est seulement une usurpation pour laquelle il ne vaut pas la peine de lutter »…

Il est contradictoire d'affirmer à la fois la valeur absolue de l'individu et leur absolue égalité : s'ils se valent tous, alors ils apparaissent comme interchangeables. Tocqueville a noté lui-même la relation directe entre la montée de la valeur d'égalité et le risque d'uniformisation dans une société qui voue un égal culte à la « mêmeté » ET à l'individu. Et un risque de nivellement vers le bas d'à peu près toutes les composantes de la société : l'inégalité est vraie de fait pour la seule raison qu'elle est vraie de droit, elle est réelle pour la seule raison qu'elle est nécessaire, car il n'y a pas de progrès sans éthique du mérite. Ce que l'idéologie égalitaire voudrait dépeindre comme un état de justice, serait au contraire, d'un point de vue plus élevé et à l'abri des rhétoriques humanitaires, un état d'injustice. C'est une chose qu'Aristote et Cicéron avaient déjà reconnue : imposer l'inégalité veut dire transcender la quantité, veut dire admettre la qualité. Pour Karl Marx, le développement des deux sphères coupe l'homme en deux en lui assignant des finalités inconciliables qui lui imposent de mener une double-vie : « la vie dans la communauté politique où il s'affirme comme un être communautaire, et la vie dans la société civile, où il agit en homme privé, considère les autres comme des moyens, et devient le jouet de puissances étrangères. »

La Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH) de 1948 stipule une seconde génération de droits (au travail, à l'éducation, à l'assistance médicale...) qui sont d'une autre nature que les droits originaux : on les appelle parfois des « droits-égalité ». Contrairement aux premiers, illimités par principe, eux sont limités, car toute créance vis-à-vis d'autrui est limitée par les capacités de prestation et moyens d'autrui. Alors que les premiers tendent à limiter le pouvoir et l'autorité de l'État, l'institution des droits collectifs fait de ce dernier son exécutant principal. Du point de vue d'Alain de Benoist, les droits sociaux, du seul fait qu'ils sont sociaux, sont plus crédibles que ceux tirés d'une nature individuelle abstraite, surtout lorsqu'ils permettent de remettre à l'honneur la notion de justice sociale. Jean-Claude Michéa a écrit : « Si parler de vie commune n'a de sens que là où il existe des valeurs et des pratiques morales et culturelles partagées, il faut en conclure qu'une politique libérale exclut par définition toute prise en compte théorique de cette sphère anthropologique particulière. (…) C'est ce qui explique, entre autres, la phobie des idéologues libéraux à l'égard de tout concept d'identité, autrement dit, de normes culturelles ou linguistiques partagées par une collectivité ».

La question de la burqa, ou encore celle du burkini, illustrent magnifiquement la syntax error intégrale des DH : comment une doctrine fondée sur la liberté des individus à disposer d'eux-mêmes peut-elle s'y opposer ? Au nom de quoi peut-elle interdire une coutume si cette dernière n'est a priori imposée à personne ? Si le respect des droits individuels passe par le non-respect des cultures et des peuples, on doit en conclure que tous les hommes sont égaux… mais que leurs cultures ne le sont pas ! Et là, on rencontre un mur. Peu importent les incantations de leurs défenseurs : dans une perspective pratique, les DH sont juste inapplicables.

L'anti-société

Bien que nous l'ayons peu cité jusqu'à présent, le capitalisme libéral irrigue ce phénomène entier. Selon le philosophe controversé Marcel Gauchet, la poussée de la logique individualiste est constitutive de l'anthropologie libérale : si les droits de l'homme deviennent la référence ultime de la vie en société, c'est qu'aujourd'hui, les droits se confondent avec les intérêts. « On ne peut pas séparer le triomphe de la logique des droits personnels de celui du principe de la maximisation des intérêts de ces mêmes personnes. C'est ainsi que l'on va de la société des droits vers la société de marché. » Des droits… à aller au marché. Les DH constituent ainsi l'armature idéologique de la globalisation, qui a sacrifié la communauté à la société. Selon Marx, la liberté de l'homme n'est définie, dans la Déclaration, que CONTRE les autres hommes, « et non pas avec eux. (…) Les droits de l'homme ne sont rien d'autre que les droits du bourgeois, c'est-à-dire de l'homme égoïste, séparé de l'homme et de la communauté »…

Avec les DH, c'est seulement en tant qu'individu que l'Homme est absolutisé. Isolation et abstraction ont été le prix à payer pour ériger cet universel. « L'individualisme s'est infléchi vers le procédural, et l'on a assisté à une véritable explosion des subjectivités, qui s'est manifestée par une exigence de légitimation (…) de n'importe quelle forme de désir, dès lors assimilé à un besoin. » Jacques Lacan a mis en rapport la multiplication des droits individuels avec la « croissance non maîtrisée des désirs résultant de l'effacement grandissant du Père symbolique. Les droits comme prérogatives naturelles étant coupés du droit comme institution, plus rien ne vient interdire les fantasmes de l'ego-roi qui séparent le sujet d'avec lui-même. La postmodernité nous a ainsi fait basculer de l'ère du sujet névrotique encore soumis à un surmoi au sujet purement narcissique, incapable de maîtriser ses pulsions dans un climat général marqué par la disparition des repères ». Le sociologue Guy Roustang a écrit que « c'est pourquoi le citoyen a de plus en plus de mal à trouver sa place dans une société politiquement conçue sur le modèle d'un marché autorégulé : réduits à un simple catalogue de désirs posés comme autant de besoins, les droits prolifèrent continuellement sans plus s'embarrasser de véritables raisons d'être ». L'homme, défait de sa responsabilité personnelle au profit d'une responsabilité dite collective, se sent obligé de faire son marché pour affirmer sa différence, son unicité.

Ceci mène logiquement au contractualisme : dès lors qu'il n'y a au départ que des individus isolés, on ne peut expliquer la formation des sociétés que par le contrat, car il n'y a que lui qui puisse faire tenir une société sur le principe de l'indépendance de l'individu, c'est-à-dire sur le principe le plus antisocial qui soit. Avec la « guerre du tous contre tous » qui caractérise le libéralisme, le droit se résume au droit de s'affirmer absolument face à l'Autre. Kant, encore lui, n'a-t-il pas écrit que « le droit de l'homme doit être tenu pour sacré, dût-il en coûter de gros sacrifices à la puissance souveraine »… en d'autres termes, au collectif ? Pour citer Bonald, la société devient ainsi « non plus un corps en général, mais une réunion d'individus »…

Quant on veut couler la société par le fond, on s'en prend à ses fondations. Selon François Furet et la chercheuse Mona Ozouf, l'universalisme dépouille l'homme de ses appartenances, ce qui rend les peuples interchangeables puisque dénués d'identité historique. 1789, dont nous avons trèèèès brièvement évoqué les motivations réelles tout à l'heure, marque moins un début qu'une fin ; pour l'immense contrerévolutionnaire Edmund Burke, les DH ont déchiré le déroulement naturel du temps, de la vie sociale et politique, et de la tradition.

La tolérance… sans la démocratie

Les critiques de la démocratie parlent souvent de « tyrannie de la majorité », déjà étudiée chez Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville. L'anthropologue et sociologue allemand Arnold Gehlen, lui, a qualifié les DH de « tyrannie de l'hypertrophie morale ». Une tyrannie surclasse assurément l'autre.

Nous nous sommes arrêtés sur l'antinomie homme-citoyen. Voici maintenant… celle qui oppose les DH à la démocratie. Cela peut choquer, tant on a l'habitude d'associer les deux par simple réflexe. Pourtant, deux ou trois brèves remarques suffisent à défaire ce noeud magique. La démocratie est une doctrine politique ; les DH sont une doctrine juridique et morale ; or, ces deux types de doctrine ne s'accordent pas inévitablement. La démocratie tend naturellement à restreindre ce qui n'est pas politique alors que les DH tendent au contraire à restreindre les prérogatives du politique. Les DH appellent au droit de vote des étrangers ; la démocratie donne le droit de vote aux seuls citoyens – intolérable discrimination ; et face à cette réalité, que le meilleur gagne. Par conséquent, les DH, forts de cette prédominance morale qui leur permet de s'imposer partout à l'ère Disney, peuvent carrément s'opposer à une ratification pourtant démocratique… car après tout, on peut mal voter, comme les Suisses l'ont fait. La solution devient alors d'éduquer ou de rééduquer le peuple afin qu'il vote « bien », et qu'ainsi reste à bonne distance la fameuse « bête immonde ». Le problème est que toute limitation de la souveraineté populaire représente une attaque contre le fondement même de la démocratie. Alors… ? Alors, on se prend un nouveau mur. La naissance d'institutions juridiques supranationales et sans légitimité démocratique aucune, telle la CEDH, a opéré un basculement de la défense des libertés individuelles, qui parait légitime, au contrôle de plus en plus restrictif des libertés publiques, toujours au nom des DH.

Hannah Arendt voyait, dans la Déclaration, la porte ouverte au totalitarismes : « C’est seulement à des hommes réduits à leur pure humanité par la destruction de leurs formes naturelles et politiques de solidarité que l’on peut imposer une servitude et une oppression absolues ». Claude Lévi-Strauss a écrit, quant à lui, qu'une doctrine universaliste évolue inéluctablement vers des formules équivalentes à celles du parti unique. Théoriquement fondée sur un principe de tolérance, l'idéologie se révèle potentiellement porteuse de l'intolérance la plus extrême : quiconque ose critiquer le droit-de-l'hommiste se voit assimilé à la lie de l'humanité, comme tout anticommuniste était un chien selon Jean-Paul Sartre. Dans les faits, on a souligné plus haut la contradiction fondatrice de l'Europe des DH, qui cultive à la fois la « mêmeté » et l'individualisme. Or, comme cela ne tient pas, pour faire tenir le système artificiellement, il faut un État fort, qui soit en mesure d'atténuer les effets destructeurs pour le tissu social de la montée de l'individualisme, puisque l'Europe des DH n'assume pas son libéralisme. « Les DH n'ont empêché ni la domination des peuples par des élites mondialisées, ni le conditionnement publicitaire, ni l'instauration d'une société de surveillance et de contrôle tous azimuts », écrit de Benoist.

La liberté abstraite des DH contre la vieille Europe des libertés

« Sous l'occupation, écrit-il, ce n'est pas tant au nom des droits de l'homme que l'on a lutté contre le nazisme, mais bien plutôt au nom de la patrie, de la nation humiliée, et de l'identité meurtrie. » Quelque chose de nettement plus ancien. De suffisamment ancien pour se transmettre par le sang. Quelque chose qui n'a pas besoin d'être rabâché du matin au soir, pour bien entrer dans les cervelles vannées, par des donneurs de leçons enragés.

Il existe, dès l'origine, une tradition européenne de la liberté. Simplement, celle-ci n'a rien à voir avec la grande orgie inclusive des Lumières. La Magna Carta anglaise de 1215, les Cortès de Léon de 1188, la Bulle d'Or hongroise de 1222, le Pacte fédéral suisse de 1291, le Code général suédois de 1350, les actes d'habeas corpus de 1679 et du Bill or rights de 1689 sont là pour en témoigner – ces textes ne concernaient simplement qu'une collectivité ou une population bien précise, et non l'humanité toute entière. Nous l'avons vu plus haut, le respect de la personne humaine n'est pas l'invention de Kant ni même du christianisme. Rome célébrait l'humanitas, son « devoir de parfaire en soi la nature humaine et de la respecter chez les autres », selon le philosophe Michel Villey. Dans le Nord de l'Europe, la notion de liberté était constamment célébrée, notamment via le statut des femmes. Chez les Germains, les rois étaient élus. Dans la France médiévale, sous régime féodal, « le roi ne pouvait ni faire une loi nouvelle, ni modifier une loi existante, ni lever un nouvel impôt sans le consentement du pays », rappelait Fustel de Coulanges.

On peut voir une intéressante source d'inspiration dans le républicanisme civique, ou humanisme civique, école de pensée et courant alternatif se référant principalement à la tradition républicaine romaine (Salluste et Tite-Live), et plus lointainement à la Grèce (Polybe et Aristote), mais aussi à Machiavel, aux humanistes florentins et vénitiens, aux républicains anglais, ainsi qu'à Montesquieu et Jefferson. Il en est de même de la théorie néoromaine de la liberté civile, qui date du XVIIème siècle et a été principalement portée par John Milton : dans cette théorie, la notion de liberté civile est liée à l'idéal classique de la civitas libera, ou « État libre ». Lorsqu'ils parlent de « droits naturels », Milton et ses amis n'ont pas en tête l'individu mais la « liberté commune » (commonwealth !). Leur thèse est que l'homme ne peut être vraiment libre que dans un État libre. Dans ce cadre, la liberté n'est qu'une forme de relation sociale, et la loi n'est plus l'ennemie de la liberté, mais au contraire sa protectrice. Selon l'universitaire Jean-Fabien Spitz, pour les Républicains, il y a quelque chose de profondément erroné dans l'idée de « droits non sociaux », antérieurs à toute délibération proprement politique : les droits sont des qualités qui ne peuvent appartenir qu'à des citoyens. Autre école, la « communautarienne », qui a remplacé le républicanisme civique à partir du XVIIIème siècle : elle reproche aux DH, souligne de Benoist, d'ignorer « la base sociale de l'identité personnelle, et démontre que les droits appartenant à un sujet délié de tout lien communautaire sont vides de sens, car c'est au contraire le fait d'appartenir à une collectivité qui constitue l'horizon de sens à partir duquel il est possible d'avoir des droits. » Ces diverses sources d'inspiration existent pour nous aider à restaurer un esprit de liberté authentique tout en nous affranchissant d'un libéralisme que trop de gens de bonne volonté prennent pour un horizon indépassable. Au risque de passer pour un paresseux, je conclurai sur la trop belle citation à laquelle Alain de Benoist recourt lui-même pour clore son dernier chapitre et enjoindre ses lecteurs à affirmer, selon les mots de Pierre Chaunu : « la capacité de dire nous authentiquement, donc de résister au je absolu ».

Pour le SOCLE

- Il n'existe pas d'Homme abstrait tel que fantasmé dans la Déclaration, mais que des hommes.
- Il ne doit pas exister d'individu tel que ceux utiles au Marché, mais uniquement des citoyens.
- L'Européen doit redevenir un citoyen pour redevenir un homme digne de ses droits.
- Les seuls droits qui valent quelque chose sont ceux que donnent le devoir accompli : même Gandhi était d'accord.
- L'universalisme, ce rêve de grandeur qui rend fou, n'est pas vraiment la meilleure idée.
- Accorder la même valeur morale à Mère Térésa et à Adolf Hitler ne doit impérativement pas tenir.
- Constat déjà fait dans de précédentes CP : nous devons urgemment nous réapproprier la morale.
- Nous ne sommes peut-être pas tous des démocrates, mais dans le combat féroce qui se joue entre elle et les DH, nous nous devons de prendre son parti.
- Le christianisme, sans être rejeté en bloc car il est constitutif de notre identité, ne peut être entièrement absous du rôle qu'il a joué dans notre perdition spirituelle.
- Nous devons surligner l'insupportable hypocrisie de la notion même de « guerre juste ».
- Une société égalitaire est une société injuste.
- Parce que si, Margaret, il y A une société. Il y en a même plusieurs.
- En parlant de ça, nous ne devons pas laisser le collectif aux collectivistes.
- Moins nous adhérerons à la société de marché, moins nous ferons le jeu des DH. Facile.
- Nouvelle critique positive, même constat : nous ne mettrons pas Kant dans les remerciements.
- Enfin, voir le dernier chapitre de la présente CP, dans son entièreté !

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POUR COMMANDER L'OUVRAGE SUR KRISIS DIFFUSION


Au-delà des droits de l'homme.


Couverture de la 2de édition Krisis


Au-delà des droits de l'homme, pour défendre les libertés (Krisis, 2004) est un livre écrit par Alain de Benoist qui incarne dans le domaine intellectuel l'adage « nul ne peut être prophète en son pays ». 

Associé à l'expansion des marchés, le discours des droits de l'homme constitue l'armature idéologique de la globalisation. Il est avant tout un instrument de domination, et il doit être regardé comme tel. À l'heure où le néolibéralisme maquille sa volonté impérialiste d'occidentalisation du monde en droit d'ingérence, il est opportun de mesurer les implications idéologiques du nouveau droit international qui légalise mais ne légitime point le nouvel ordre mondial.



Présentation par l'auteur

« Le sacre des droits de l'homme, a écrit Marcel Gauchet, est à coup sûr le fait idéologique et politique majeur de nos vingt dernières années ». Les droits de l'homme tendent en effet à devenir la boussole unique d'une époque désorientée. Ils auraient même un caractère sacré. C'est pourquoi il paraît désormais aussi inconvenant, aussi blasphématoire, de critiquer l'idéologie des droits de l'homme qu'il l'était autrefois de douter de l'existence de Dieu.
Mais aujourd'hui, le discours des droits de l'homme n'a pas seulement pour but de fournir une idéologie de substitution après l'effondrement des « grands récits ». En cherchant à imposer une norme morale particulière à tous les peuples, il vise à redonner bonne conscience à l'Occident en lui permettant de s'instituer une fois de plus en modèle et de dénoncer comme des « barbares » ceux qui refusent ce modèle. Dans l'histoire, les « droits » n'ont été que trop souvent ce que les maîtres de l'idéologie dominante avaient décidé de définir ainsi.
Que les droits de l'homme soient proclamés avec force dans une société de plus en plus déshumanisée, où les hommes tendent eux-mêmes à devenir des objets, où la marchandisation des rapports sociaux crée partout des phénomènes d'aliénation inédits, n'est pas un hasard. Associé à l'expansion des marchés, le discours des droits de l'homme constitue l'armature idéologique de la globalisation. Il est avant tout un instrument de domination, et doit être regardé comme tel.
Les hommes doivent pouvoir lutter partout contre la tyrannie et l'oppression. Contester l'idéologie des droits de l'homme, ce n'est donc évidemment pas plaider pour le despotisme, c'est bien plutôt contester que cette idéologie soit le meilleur moyen d'y remédier. C'est s'interroger sur la validité des fondements de cette théorie, sur le statut nomologique de ces droits, sur les possibilités d'instrumentalisation dont ils peuvent faire l'objet. C'est aussi proposer une autre solution. La question des libertés ne saurait se résoudre en termes de droit ou de morale. Elle est avant tout une question politique. Elle doit être résolue politiquement.

Table des matières

Introduction
  1. Les Droits de l'homme sont-ils un droit ?
  2. À la recherche d'un fondement
  3. Droits de l'homme et diversité des cultures
  4. Au-delà des droits de l'homme : politique, liberté, démocratie