Le Moment populiste, Alain de Benoist




«Un livre intensément érudit et qui explore toutes les facettes d’un mot qui pue un peu aux narines des crétins»
      (Jean-Paul Brighelli, Causeur)
 «Alain de Benoist est l’un des meilleurs analystes de notre évolution politique et sociale»
      (Monde et Vie) 
«Voilà un ouvrage qui est à la fois d’une extrême clarté et d’une richesse merveilleuse»
      (Joël Prieur, Minute)
 «Le grand mérite du philosophe Alain de Benoist est d’en revenir au véritable sens du mot»
      (site Agora Vox)
 «Alain de Benoist estime que la gauche et la droite se sont trahies toutes les deux»
      (Brice Couturier, Le Point)
 «Son ennemi principal est la “Nouvelle Classe”, cette bourgeoisie philistine dont il propose une description assez drôle»
      (Yves Jaigu, Le Figaro)
 «Une remarquable synthèse»
      (Vincent Coussedière, Eléments)
 «Avec la clarté didactique et la fluidité stylistique qu’on lui connaît, Alain de Benoist s’attache à saisir l’essence du populisme en phénoménologue avisé»
      (Boulevard Voltaire)
 «Un essai substantiel»
      (Aristide Leucatte, L’Action française)
 «A lire de toute urgence !»
      (André Bercoff, Sud-Radio)



Le Moment populiste Alain de Benoist

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Moment Populiste Alain de Benoist
L’extraordinaire défiance de couches de population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau, qu’on appelle « populistes », est sans nul doute le fait le plus marquant des transformations du paysage politique intervenues depuis au moins deux décennies. Le phénomène tend même à s’accélérer, comme l’a montré l’élection de Donald Trump, survenant quelques mois après le « Brexit » britannique. Partout se confirme l’ampleur du fossé séparant le peuple de la Nouvelle Classe dominante. Partout émergent de nouveaux clivages qui rendent obsolète le vieux clivage droite-gauche.
Mais que faut-il exactement entendre par « populisme » ? S’agit-il d’un simple symptôme d’une crise générale de la représentation ? D’une idéologie ? D’un style ? Ou bien le populisme traduit-il une demande fondamentalement démocratique face à des élites accusées de ne plus faire de politique et de vouloir gouverner sans le peuple ? C’est à ces questions que répond ce livre, qui part de l’actualité la plus immédiate pour situer les enjeux politiques, sociologiques et philosophiques du débat.
ISBN 2-36371-186-1   - Prix de vente: 23,90 euros TTC.





 Article de Michel Geoffroy pour Polémia



« Le Moment populiste/ Droite-gauche c’est fini !» d’Alain de Benoist

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Michel Geoffroy, essayiste
Alain de Benoist décrypte le moment populiste
♦ On recommandera la lecture du dernier ouvrage d’Alain de Benoist, Le Moment populiste/ Droite-gauche c’est fini !» (1) car il tombe à point nommé en cette année électorale. Mais pas seulement pour cette raison.

Comme son titre l’indique, l’ouvrage traite de ce que recouvre la notion de populisme de nos jours. Mais il nous invite aussi à une réflexion plus large sur le libéralisme, sur la communauté et sur l’avenir du clivage gauche-droite. Et comme toujours avec Alain de Benoist, son étude, riche en références et en mises en perspective, invite au surplus le lecteur à approfondir l’analyse.


Le populisme, expression d’une nouvelle demande politique et sociale

Qu’est-ce que le populisme ?
Pour les tenants du Système, le populisme constitue une menace politique qu’il faut conjurer, surtout depuis la victoire du Brexit au référendum britannique et celle de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. Le populisme, pour cette raison, prend dans les médias mainstream une connotation toujours très négative et péjorative : il serait la marque de la démagogie voire du retour des « heures sombres de notre histoire ».
Pourtant les mouvements et les leaders populistes s’installent durablement dans le paysage politique occidental. Pourquoi ? Parce que :
« Les partis populistes ont été les premiers à percevoir un changement de la demande politique et sociale que les partis traditionnels (…) ne comprennent pas parce qu’ils sont mentalement prisonniers d’habitudes et de schémas de pensée qui le leur interdisent. La classe politique se trouve ainsi frappée d’illégitimité parce qu’elle ne résout plus aucun problème et n’offre aucun moyen de surmonter la crise généralisée du Système, mais paraît au contraire y contribuer. »
En quelques mots Alain de Benoist résume l’essentiel : le populisme résulte du décalage croissant entre l’offre de la classe politique occidentale et la demande de l’électorat.

Fin de la gauche ou droitisation ?

Ce décalage est particulièrement sensible pour la gauche puisqu’elle a abandonné à partir de 1983 la cause du peuple pour celle des marchés et des immigrants.
De fait, Alain de Benoist montre comment l’électorat ouvrier tend désormais à délaisser les partis de gauche pour les formations alternatives ou populistes : que ce soit en France, en Grande-Bretagne, en Autriche, aux Etats-Unis ou en Autriche.
S’agit-il pour autant d’une « droitisation » de la société, comme disent paresseusement nos médias ? Pour Alain de Benoist il n’en est rien puisque les partis traditionnels de droite connaissent une hémorragie de même nature.
Cela le conduit à s’interroger justement sur la pérennité d’un clivage qui remonte en France au XIXe siècle, lorsqu’à partir de l’affaire Dreyfus le courant socialiste se rapproche de la gauche républicaine. Alain de Benoist estime que :
« Le clivage droite-gauche n’a en réalité plus de valeur opérationnelle pour analyser les phénomènes politiques nouveaux, à commencer par les populismes. La preuve en est que les programmes des partis populistes associent fréquemment thématiques de gauche et thématiques de droite. »
Et symétriquement, les partis politiques au pouvoir, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’hésitent pas à s’allier pour contrer la progression des mouvements populistes : preuve que l’ancien clivage perd de sa consistance, non seulement à la base mais aussi au sommet du système politique.

Le populisme : expression d’un nouveau clivage politique et social

Le sous-titre de son ouvrage le démontre amplement : Droite-gauche c’est fini ! Alain de Benoist n’a pas mis de point d’interrogation mais un point d’exclamation. Car pour lui la cause est entendue.
Le populisme exprime le fait que le clivage horizontal opposant la gauche et la droite est en perte de vitesse depuis que la gauche s’est ralliée au néo-capitalisme et que la droite a fait siennes les conceptions sociétales de la gauche. Le populisme repose, au contraire, sur un clivage plus vertical et désormais plus dynamique : celui qui oppose les peuples à leurs élites, celui qui oppose les patriotes aux mondialistes, celui qui oppose ceux d’en bas à ceux d’en haut.
Le populisme apporte ainsi un démenti à ceux qui prévoyaient la fin des idéologies voire la fin de l’histoire. Car le déclin voire la fin du clivage droite-gauche ne marque pas la fin du politique, tout le monde étant appelé à communier dans les mêmes « valeurs » – sauf les méchants extrémistes, bien sûr – comme nous y invitent les tenants intéressés de l’Union nationale et du Je Suis Charlie.
Le populisme correspond, au contraire, à la définition d’une nouvelle « grande querelle » politique mais aussi morale et sociale, pour reprendre l’expression de Charles De Gaulle. Donc d’un nouveau clivage politique.

Une analyse plus large du populisme

L’intérêt de l’étude d’Alain de Benoist tient cependant au fait qu’il n’en reste pas au niveau événementiel ni a fortiori politicien du phénomène populiste. Il replace en effet l’analyse du moment populiste dans un cadre économique et social, voire civilisationnel, plus large et de plus longue durée. Et cette analyse prend une part essentielle dans son essai.
Pourquoi le moment devient-il populiste en effet ? Parce que, pour Alain de Benoist, la mise en œuvre de l’idéologie libérale et libertaire par l’oligarchie occidentale aboutit à des résultats désormais de plus en plus catastrophiques pour le plus grand nombre et que le Système ne parvient plus à cacher, malgré sa propagande incessante en faveur de la « mondialisation heureuse » ou du « vivre ensemble ».
Car le mépris du peuple qui se trouve à la racine du rejet du populisme par l’oligarchie reflète le caractère antisocial de son projet.
Comme l’écrit Alain de Benoist « des fractions de plus en plus grandes du peuple se sentent exclues, incomprises, méprisées, oubliées. Elles ont l’impression d’être devenues inexistantes, d’être superflues, d’être en trop ». Mais ce n’est pas qu’une impression : cela correspond à la réalité du mondialisme que l’oligarchie appelle de ses vœux.
Aujourd’hui avec l’immigration et la délocalisation l’oligarchie pense pouvoir réaliser le rêve du Père Ubu : remplacer, dans tous les sens du terme, les peuples qui gênent, notamment qui gênent les profits des entreprises transnationales, désormais plus puissantes et plus arrogantes que les Etats. Et avec le libre-échangisme et la financiarisation de l’économie, aujourd’hui la richesse devient transnationale et nomade quand la pauvreté et la précarité restent nationales.

Les fruits amers de l’idéologie libérale

Alain de Benoist nous démontre que cette catastrophe n’a rien d’accidentel mais qu’elle réside au cœur de l’idéologie libérale et de son individualisme méthodologique radical.
Car la preuve est faite que le marché ne fait pas et ne peut faire société. Au contraire, il la détruit, pour laisser l’homme réduit à l’état de monade désirante, livré au gouvernement des choses, comme disaient les Saint-Simoniens – et transformé lui-même en marché et en marchandise, donc mis en esclavage. L’ouvrage se conclut ainsi sur une très intéressante analyse du concept de fraternité dans la devise de la République Française : Liberté/Egalité/Fraternité. Le terme même de libéralisme nous trompe, en effet.
Reprenant l’analyse de Jean-Claude Michéa, Alain de Benoist rappelle que le libéralisme ne vise pas tant la liberté que la recherche, au travers de la soumission de tous les rapports sociaux à la logique providentielle du marché, d’un ordre qui soit le plus axiomatiquement neutre et donc indifférent à toute définition de la vie bonne et du Bien Commun.
Mais cela ne débouche pas sur le bonheur promis par ceux qui prétendent depuis le XVIIIe siècle défendre nos « droits », mais sur le cauchemar social. Et notamment sur la destruction de toute communauté et donc de toute démocratie et de toute fraternité.

Le populisme ou le grand retour du NOUS en politique

La démocratie mondiale que nous vantent les oligarques cosmopolites pour déconstruire la souveraineté des nations correspond, en effet, à une contradiction dans les termes : la démocratie suppose une communauté circonscrite et non pas étendue à l’infini, ce qui en serait la négation. De même la fraternité « définit un nous collectif par opposition à ceux qui n’appartiennent pas à ce nous (…). Elle donne à ce nous la possibilité de faire corps ». C’est pourquoi la déconstruction libérale des communautés et des nations que l’oligarchie met en œuvre débouche en réalité sur le chaos de la guerre de tous contre tous et non pas sur la paix perpétuelle.
Il est intéressant de noter qu’Alain de Benoist rejoint sur ce plan les conclusions d’Hervé Juvin dans son livre Le Gouvernement du désir (2) : le populisme exprime aussi le grand retour du collectif et du communautaire sur la scène politique : le besoin qu’éprouvent les peuples occidentaux à se conjuguer à nouveau à la première personne du pluriel : de se dire nous, justement. Le besoin de s’affirmer au travers d’une identité, d’une communauté ou d’une nation. Alors que l’oligarchie voudrait nous dissoudre dans un grand néant métissé, indifférencié, idéologisé et marchandisé.

Le moment sera-t-il à nous ?

Alain de Benoist nous fournit par conséquent une grille de lecture originale et éclairante du phénomène populiste.
Reste à savoir si le peuple français pourra se saisir de ce « Moment populiste » en 2017 pour reprendre possession de son destin, ou si les manigances de l’oligarchie l’en empêcheront encore une fois.
Réponse dans quelques semaines.
Michel Geoffroy
6/04/2017
Notes :1/ Alain de Benoist,  Le Moment Populiste Droite-Gauche c’est fini !, Pierre Guillaume de Roux 2017, 335 pages
2/  Hervé Juvin,  Le Gouvernement du Désir, Le Débat Gallimard, 2016
Correspondance Polémia – 8/04/2017
Image : La 1re de couverture et l’auteur à la tâche
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Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.


Le Moment populiste, Alain de Benoist


Le Figaro : Rencontre avec le populiste Alain de Benoist



Le moment populiste Alain de Benoist article Le Figaro

Moment Populiste Alain de Benoist

Figaro : L'essayiste et philosophe n'aime ni nos élites, ni la mondialisation, ni le libéralisme. Il voit venir avec intérêt « le moment populiste » dont il décrit les facettes dans un livre ambigu mais érudit.

«Je ne suis pas sûr que les élites et le prolo moyen respirent le même air», nous dit Alain de Benoist. Cet homme est un étrange sujet d'étude. Il nous reçoit dans son pied-à-terre parisien du côté de la rue de Charonne, en plein Paris populaire reconquis par les bobos. Philosophe graphomane, traduit un peu partout, surtout en Italie, nous dit-il, il est de ceux qui n'aiment pas écrire une page sans citer au moins trois ou quatre auteurs. Ainsi passe-t-on, en quelques lignes, de Walter Lippmann, éditorialiste américain des années trente, à Cornelius Castoriadis, philosophe politique, ou l'historien Christopher Lasch, pourfendeur de la «culture du narcissisme». Cet homme de soixante-dix ans passés est un gros lecteur, précédé d'une réputation sulfureuse de banni du débat intellectuel. Il a fondé la Nouvelle Droite dans les années soixante-dix, après quelques années de militance dans...
Sur le même sur sujet Éléments n°164 


 Sur France Culture, Alain de Benoist et Eric Fassin

 "Le populisme est-il proche du peuple ?"



Eric Fassin France Culture
Dans l'émission Du Grain à moudre sur France Culture Cette année en Europe, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas connaîtront des élections majeures. Alors que la "menace populiste" est invoquée, il s'agit de questionner la relation particulière du populisme au peuple.
Intervenants : Alain De Benoist : Philosophe et Éric Fassin : Sociologue et professeur à l'Université Paris 8.


 Pour en savoir plus : Éléments n°164

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 Analyse de l'ouvrage sur Boulevard Voltaire 








Article de  paru sur Boulevard Voltaire


Le Moment populisteAlain de Benoist, avec la clarté qu’on lui connaît, nous gratifie d’un essai substantiel sur ce qu’il appelle le « moment populiste ».

Alain de Benoist, avec la clarté didactique et la fluidité stylistique qu’on lui connaît, nous gratifie d’un essai substantiel sur ce qu’il appelle le « moment populiste », laissant peut-être sous-entendre que le populisme annonce davantage une nouvelle ère politique que l’avènement véritable d’un peuple démiurgique qui se substituerait aux élites dirigeantes, politiques, financières et médiatiques. Surtout, et c’est la thèse centrale du livre annoncée par un sous-titre exclamatif, ce moment sonnerait l’hallali à terre du vieux clivage droite-gauche.
Partout, constate Benoist, « les coups de boutoir de la protestation populiste » ont littéralement renversé les paradigmes habituels de la bipartition de la vie politique occidentale (de l’Europe aux États-Unis), en convoquant dans le ronronnant jeu de quilles électoral un tiers, jusque-là exclu, le peuple, celui-ci reportant ses suffrages sur des tribuns ou des partis réputés « extrêmes » par le Système. Le consensus mou et anesthésiant vole en éclats, réintroduisant, du même coup, la notion intrinsèquement démocratique du « conflit maîtrisé », attendu, précisément, que « la démocratie n’est pas soluble dans le procédural, car elle est de forme agonistique ».
À cette aune, le fracassant retour du peuple au sein de son amnios principiel qu’est l’affrontement démocratique pacifié – et légitimé en tant que tel – fait resurgir ce que l’apathie de nos sociétés consuméristes avait subsumé sous l’épais édredon hédoniste de l’amollissant confort égo-individualiste, à savoir la dimension tragique de l’existence ; en l’occurrence, celle du politique qu’un certain universalisme unanimiste a cru évacuer à peu de frais en tournant le dos à l’ontologique discrimination schmittienne de l’ami et l’ennemi.
Au travers d’une douzaine de chapitres – bâtis à l’ombre tutélaire de penseurs radicaux essentiels tels que Jean-Claude Michéa, Ernesto Laclau, Costanzo Preve, Paul Piccone, Christopher Lasch, Thibault Isabel, etc. –, Benoist fait ressortir, selon nous, deux traits saillants caractérisant cet instant populiste : la fatigue générale qui a gagné, jusqu’à l’exaspération, les couches populaires, d’une part, la chute finale des grandes idéologies structurantes – que notre auteur dénomme « les grands récits » – qui ordonnaient les rapports sociaux et charpentaient les mentalités, d’autre part.
Ne trouvant plus d’écho au sein d’une classe politique endogamique et interchangeable, le pays réel s’en est progressivement détourné, à proportion du mépris croissant dans lequel ceux-là finissent par tenir celui-ci, notamment en le diluant contre son gré dans un immigrationnisme d’indifférenciation et en immolant les patries héréditaires, indivises et charnelles aux bûchers holocaustiques du mondialisme transfrontiériste. Quant aux idéologies qui conféraient un sens à la vie (qui ne se résume pas, en effet, à un indice de croissance ou à un crédit renouvelable), comme le socialisme ou le christianisme, elles se sont noyées corps et bien dans « les eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la saisissante formule de Marx.
Il résulte de ces effondrements une crise profonde d’identité affectant l’être même des peuples et qui les pousse tout autant à « l’accablement », au « désenchantement » et à la « désillusion ». En phénoménologue avisé, Alain de Benoist s’attache à saisir l’essence du populisme ressenti par les intéressés comme une indicible fracture : « Le déchaînement des logiques de l’illimité dans un monde privé de repères suscite dans les esprits un malaise identitaire et existentiel profond. Quand on parle de populisme, il faut tenir compte de ce malaise encore aggravé par l’intériorisation de l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à la disparition de tout horizon de sens au sein du monde de la reproduction économique : “Le monde ne doit plus être ni interprété, ni changé : il doit être supporté” (Peter Sloterdijk) » [philosophe allemand connu pour sa critique originale de la modernité organisée, entre autres, autour de la figure du « cynique » NDLR].

 «Emmanuel Macron - Tout le contraire d'un populiste»


Emmanuel Macron comme Donald Trump : le phénomène est plus intéressant que le personnage lui-même. Comment expliquer l’actuel phénomène Macron, qui se veut candidat hors système, alors qu’il est justement un pur produit du système ?

On peut facilement ironiser sur le personnage. Le petit Mickey travesti en Rastignac, la petite chose qui veut se faire aussi grosse qu’un président, le Micron transformé en Maqueron, le Ken du couple Ken et Barbie, le télévangéliste christique débitant à chacun les niaiseries qu’il veut entendre. Mais tout cela ne cerne qu’imparfaitement le phénomène. Ce qui frappe d’abord, c’est qu’Emmanuel Macron est le premier candidat postmoderne que l’on ait jamais vu se présenter à l’élection présidentielle. Les arguments raisonnés, les promesses lyriques, les démonstrations destinées aux électeurs, tout cela faisait encore partie de la modernité. Avec la postmodernité, on est dans l’affect à l’état pur, dans l’émotion, l’amour, l’extase. Le sentiment submerge tout, comme dans le discours des gourous.

Certains reprochent à Macron de n’avoir pas de programme et de multiplier les déclarations contradictoires. Mais on perd son temps à s’indigner ou à vouloir lui répondre. En régime postmoderne, les contradictions n’ont aucune importance, et ce n’est pas avec des programmes que l’on conquiert l’opinion. C’est avec des postures et des incantations. Ce ne sont pas les mots qui comptent, mais le métalangage, pas le réel mais le plus-que-réel, pas le textuel mais l’hypertextuel. En recourant à des stratégies narratives, à des mécanismes persuasifs fondés sur ce que lui indiquent les algorithmes, Macron ne cherche à convaincre que d’une chose : qu’il faut communier avec lui, fusionner avec lui, qu’il faut l’aimer autant qu’il s’aime lui-même (« Parce que je veux être Président, je vous ai compris et je vous aime ! »). Il est plein de vide, mais ce vide le remplit mieux que tout autre contenu. Une bulle, certes, mais qui continue à enfler.

Un mutant politique, un phénomène typiquement postmoderne.


Dans L’Obs, le philosophe Michel Onfray – qui faisait récemment la une de votre revue, Éléments – assure qu’Emmanuel Macron « est en réalité l’autre nom de l’ubérisation de la société ». Vous confirmez ?

Bien sûr. Au-delà des banalités et des platitudes qu’il accumule avec un aplomb que rien ne vient entamer, Macron se situe dans une perspective bien précise qu’on peut résumer de la façon suivante : la mondialisation heureuse, l’ubérisation de la société et la précarité pour tous. De ce point de vue, Macron est un libéral au sens complet du terme : libéral en économie, libéral en matière « sociétale », libéral en tout. C’est pourquoi il séduit à la fois la gauche « branchée », les économistes hors-sol et les centristes fascinés par la Silicon Valley, Jacques Attali et Bernard Kouchner, Alain Minc et Corinne Lepage, Renaud Dutreil et Pierre Bergé. Nathalie Kosciusko-Morizet ne déparerait pas dans ce paysage !


Macron se dit au-delà de la droite et de la gauche. Vous venez vous-même de publier un livre intitulé Le Moment populiste – Droite-gauche, c’est fini ! (Pierre-Guillaume de Roux). Ce positionnement apporte de l’eau à votre moulin ?

La grande caractéristique du populisme est de substituer au clivage horizontal droite-gauche un clivage vertical entre le peuple et les élites (« ceux d’en haut » contre « ceux d’en bas »). Mais l’effacement du clivage droite-gauche ne se constate pas seulement à la base. Par réaction, il se retrouve aussi dans la classe dominante, avec l’idée d’une « union nationale » destinée à faire barrage au populisme et à neutraliser les « récalcitrants » des deux bords. Il y a, là, une certaine logique : en même temps qu’il coalise à la base un électorat venu de la gauche et un électorat venu de la droite, le populisme suscite à la tête un regroupement de factions hier encore antagonistes, mais qui n’ont pas de mal aujourd’hui à réaliser que rien ne les sépare vraiment.

Cette nouvelle stratégie était déjà présente dans l’idée de « troisième voie » théorisée par Anthony Giddens à l’époque de Tony Blair, dont l’objectif avoué était de contribuer au « renouveau » de la social-démocratie dans le sens d’une fusion assumée avec la logique libérale. C’est elle que l’on retrouve en France chez Emmanuel Macron, véritable héritier du blairisme, quand il assure que « le vrai clivage dans notre pays […] est entre progressistes et conservateurs », ou chez le libéral Guy Sorman, pour qui « le récent référendum britannique sur la sortie de l’Union européenne n’a pas opposé la droite conservatrice à la gauche travailliste, mais les partisans de l’ouverture à ceux de la fermeture ». La « fermeture » étant censée désigner le « tribalisme » et le « repli sur soi », il faut comprendre que l’« ouverture » signifie l’adhésion à tout ce qui transcende les frontières, à commencer par les marchés financiers. La position de Macron représente donc le symétrique inverse du populisme. Elle cherche à unifier les élites mondialisées au-delà des étiquettes, tout comme les populistes essaient d’unifier le peuple.

Personne ne semble réaliser que, dans cette optique, un second tour de l’élection présidentielle opposant Marine Le Pen et Emmanuel Macron, où ne serait donc présent aucun représentant des deux grands partis de gouvernement qui ont en alternance gouverné la France pendant trente ans, représenterait un véritable tournant historique.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier pour Boulevard Voltaire


 «Les contours d’un monde que nous avons connu, et parfois aimé, se dissipent sous nos yeux»

Breizh-info Moment Populiste Alain de Benoist
Paris (Breizh-Info.com) – On attendait l’analyse d’Alain de Benoist sur la vague populiste. Là voici avec ce véritable manuel intitulé Le Moment populiste – Droite-Gauche, c’est fini ! (Editions Pierre Guillaume de Roux). A lire d’urgence à la lumière des futures élections en France et en Europe.

L’extraordinaire défiance de couches de population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau, qu’on appelle « populistes », est sans nul doute le fait le plus marquant des transformations du paysage politique intervenues depuis au moins deux décennies. Le phénomène tend même à s’accélérer, comme l’a montré l’élection de Donald Trump, survenant quelques mois après le « Brexit » britannique. Partout se confirme l’ampleur du fossé séparant le peuple de la Nouvelle Classe dominante. Partout émergent de nouveaux clivages qui rendent obsolète le vieux clivage droite-gauche.
Mais que faut-il exactement entendre par « populisme » ? S’agit-il d’un simple symptôme d’une crise générale de la représentation ? D’une idéologie ? D’un style ? Ou bien le populisme traduit-il une demande fondamentalement démocratique face à des élites accusées de ne plus faire de politique et de vouloir gouverner sans le peuple ? C’est à ces questions que répond ce livre, qui part de l’actualité la plus immédiate pour situer les enjeux politiques, sociologiques et philosophiques du débat.
Suite à la sortie de cet ouvrage majeur et à sa lecture, nous avons posé quelques questions à Alain de Benoist.
Breizh-info.com : « Droite et gauche, c’est fini ! » : tel est le sous-titre de votre ouvrage. Sur quoi basez-vous votre constat, sachant tout de même que, notamment en France et on le voit bien à l’occasion de cette période pré-électorale, les candidats se réclament toujours, pour la plupart, de la droite ou de la gauche (en incluant les « extrêmes ») ?
Alain de Benoist : Je consacre tout un chapitre de mon livre à l’histoire du clivage droite-gauche. Outre qu’il a toujours existé une multitude de droites et de gauches différentes, je montre que ce à quoi renvoie ce clivage n’a cessé d’évoluer dans le temps. Etre de gauche en 1880, c’était militer pour le colonialisme ; être de droite, c’était être hostile à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ! La gauche était naguère le parti de la lutte des classes, c’est aujourd’hui le parti des droits individuels, tandis qu’une large partie de la droite s’est ralliée à la défense du marché, à l’axiomatique de l’intérêt et à l’explication économique du monde.
Les politologues, de leur côté, ne sont jamais parvenus à donner une définition de la droite et de la gauche qui fasse autorité. En proie à une crise d’identité significative, les partis de droite et de gauche sont eux aussi devenus incapables de donner un sens précis à ces termes. Ajoutez à cela que les familles sociologiques où l’on votait toute sa vie pour un parti donné ont aujourd’hui disparu : les gens « zappent » de droite à gauche ou le contraire, sans pour autant assister à autre chose qu’à une politique de droite faite par des partis de gauche ou à une politique de gauche faite par des partis de droite. Quant aux essais politiques qui paraissent en librairie, il est de plus en plus difficile de dire si leurs auteurs (Marcel Gauchet, Jean-Claude Michéa, Michel Onfray, etc.) sont eux-mêmes « de droite » ou « de gauche ».
La vérité est que la dyade droite-gauche est devenue obsolète pour décrire le paysage politique actuel. Le clivage gauche-droite n’est plus fonctionnellement opérant que sous le poids des habitudes : il y a une pesanteur historique de la logique bipolaire qui est entretenue par la politique politicienne, notamment au moment des élections. Mais quand on se réfère aux sondages d’opinion, on s’aperçoit qu’aux yeux d’une majorité de Français, ce clivage est de plus en plus dépourvu de sens. En 1980, ils n’étaient encore que 30 % à considérer les notions de droite et de gauche comme dépassées. En mars 1981, ils étaient 33 % ; en février 1986, 45 % ; en mars 1988, 48 % ; en novembre 1989, 56 % ; en 2011, 58 %. Ils sont aujourd’hui 73 % ! Progression extraordinairement significative.
La montée des mouvements populistes, qui articulent souvent des éléments de droite et des éléments de gauche dans une même demande politique et sociale émanant de la base, face à une offre politique « d’en haut » jugée décevante, voire insupportable, est l’une des conséquences de cette évolution. D’une part, le populisme substitue à l’axe horizontal droite-gauche un axe vertical « ceux d’en haut vs. ceux d’en bas », mais il suscite, accompagne et accentue de nouveaux clivages qui remplacent de plus en plus le clivage droite-gauche : clivage entre ceux qui profitent de la mondialisation et ceux qui en sont les victimes, clivage entre ceux qui pensent en termes de peuples et ceux qui ne veulent connaître qu’une humanité formée d’individus, clivage entre la France périphérique et la France urbanisée, le peuple et les élites mondialisées, les gens ordinaires et la Nouvelle Classe, les classes populaires ainsi que des classes moyennes en voie de déclassement et la grande bourgeoisie mondialiste, les tenants des frontières et les partisans de l’« ouverture », les « invisibles » et les « sur-représentés », les conservateurs et les libéraux, etc.
La formidable vague de défiance envers les élites (politiques, financières, médiatiques et autres) qui ne cesse d’alimenter le populisme a pour effet direct d’éliminer – Mélenchon dirait de « dégager » – l’ancienne caste des partis dits de gouvernement. La Démocratie chrétienne et le parti communiste ont été balayés en Italie, Syriza en Grèce a quasiment fait disparaître le Pasok, la dernière élection présidentielle en Autriche s’est jouée entre un écologiste et un populiste. On pourrait donner bien d’autres exemples.
En va-t-il différemment en France ? Je n’en ai pas l’impression. Parmi tous les scénarios qui restent possibles concernant la prochaine élection présidentielle, un duel Macron-Le Pen au second tour n’est pas le plus improbable. Personne ne semble réaliser que dans une telle hypothèse, et pour la première fois dans l’histoire de l’élection présidentielle, aucun des deux grands partis qui ont en alternance dirigé la France depuis plus de trente ans ne serait présent au second tour, ce qui représenterait un tournant historique de première importance.

Breizh-info.com : Les couches populaires semblent effectivement exaspérées, lassées, de la façon dont la cité est gérée. Mais sont-elles toutefois force de proposition ? Le taux d’abstention aux élections, le peu de mobilisation dans les grandes manifestations sociales ou sociétales ne sont-ils pas les signes d’un abandon de la vie de la cité par le peuple ?
Alain de Benoist : Ils sont plutôt la preuve de l’ampleur d’un malaise qui s’enracine dans la crise de la représentation : les gens ayant le sentiment de ne plus être représentés par leurs représentants, beaucoup estiment que cela ne sert plus à rien de faire usage le jour de l’élection d’une souveraineté dont ils savent qu’ils la reperdront dès le lendemain. C’est pourquoi les populismes aspirent à des formes de démocratie plus directe, référendaire ou participative, conscients qu’ils sont des dysfonctionnements et des limites d’une démocratie libérale qui a remplacé la souveraineté populaire par la souveraineté parlementaire et qui est aujourd’hui dirigée par une caste oligarchique qui ne cherche à défendre que ses seuls intérêts.
Les classes populaires ne sont pas seulement exaspérées par la « façon dont la cité est gérée ». Elles veulent en finir avec la gestion administrative, c’est-à-dire avec le pouvoir d’une expertocratie qui prétend que les problèmes politiques ne sont en dernière analyse que des problèmes techniques (pour lesquels il n’existe évidemment qu’une seule solution rationnelle) et qui cherche à rabattre le gouvernement des hommes sur l’administration des choses. Elles réalisent que la « gouvernance » n’est qu’un moyen de gouverner sans le peuple. Ce que Vincent Coussedière a appelé le « populisme du peuple » n’est rien d’autre qu’une demande adressée aux hommes politiques pour qu’ils fassent véritablement de la politique au lieu de s’en tenir à la gestion.
Vous me demandez si les « couches populaires » sont « force de proposition ». D’abord, appelons les choses par leur nom : les « couches » populaires sont en réalité des classes populaires et leur opposition aux élites relève du rapport de classes, tout comme la critique du populisme traduit un mépris de classe, l’idéologie dominante n’étant autre chose que l’idéologie de la classe dominante. Que veut dire ensuite cette expression de « force de proposition » qui fleure bon la langue de bois ?
Le peuple représente le pouvoir constituant, et il est d’autant plus présent à lui-même qu’il a les moyens de décider par lui-même de ce qui le concerne. Que ce soit à propos de l’immigration, de la mondialisation ou du pouvoir de la Commission européenne, le peuple voit bien que l’on n’a cessé de décider à sa place, et que ces décisions ont bouleversé sa vie quotidienne. Il est parfaitement apte à juger de ce qui est bon et de ce qui est mauvais pour lui. Pour qu’il fasse des « propositions », il faut seulement qu’on le consulte ou qu’on lui donne les moyens de trancher.


 Le moment populiste, droite gauche
Le moment populiste. Droite - Gauche, c'est fini

Breizh-info.com : Pourquoi le mot « populisme » a-t-il si mauvaise presse – tout en qualifiant chacun de ses opposants – au sein de l’élite ?
Alain de Benoist : Il en va du « populisme » comme du « communautarisme », devenu lui aussi un mot-caoutchouc qu’on utilise comme repoussoir afin de délégitimer tout ce que l’on déteste. Le « populisme » a mauvaise presse auprès des élites parce qu’ils recouvre tout ce qu’elles exècrent et redoutent le plus : le retour des « classes dangereuses ». En clair : le réveil de peuples décidés à perpétuer leurs valeurs, leur mode de vie et leur sociabilité propres.
Ce n’est pas un hasard si la critique du populisme se transmue très vite en critique du peuple, représenté couramment comme une masse de ploucs ignorants. Le prolétaire dont on vantait naguère la dignité (« pauvre mais digne »), la tenue et l’honnêteté, est devenu dans les médias un mélange de Bitru et de Dupont-Lajoie, inculte, méchant, xénophobe et rétrograde, qui s’entête obstinément à ne pas faire confiance à « ceux qui savent » et ne vote jamais comme on veut qu’il le fasse. Il est ainsi entendu, soit que le peuple ne sait pas ce qu’il veut, soit, lorsqu’il fait savoir qu’il veut quelque chose, qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte. « Il y en a marre du peuple ! », éructait Daniel Cohn-Bendit au lendemain du Brexit. Il disait ainsi tout haut ce que d’autres pensent tout bas.

Breizh-info.com : La fin des idéologie a été marquée par des vagues « populistes » en Europe, mais aussi et surtout par l’avènement d’une forme de désenchantement du monde, largement dominé aujourd’hui par les puissances économiques via la publicité et la globalisation. A partir du moment où le fils du militant communiste stalinien enraciné dans sa banlieue rouge est devenu un globe trotter travaillant pour différentes firmes internationales et se sentant partout chez lui, comment refonder demain – et autour de quoi – un espoir collectif pour les peuples ? Et cela autrement qu’en flattant certains bas instincts…
Alain de Benoist : Une remarque tout d’abord : le désenchantement du monde, dont les racines sont loin d’être contemporaines, ne signale nullement la « fin des idéologies », expression commode mais qui ne veut strictement rien dire, précisément parce qu’aucune société ne peut exister ne soit soumise à la pression d’une idéologie dominante.
Nous vivons aujourd’hui dans l’idéologie de la marchandise, c’est-à-dire dans une époque où l’imaginaire symbolique a été largement colonisé par les seules valeurs marchandes (calculabilité, rentabilité, profit, etc.). La déliaison sociale, le technomorphisme, la montée de l’individualisme narcissique, se conjuguent avec ce « fétichisme de la marchandise » (Karl Marx) pour transformer l’individu en « sujet automate » qui a de plus en plus avec ses semblables une relation calquée sur la relation aux choses.
La réponse à la question que vous posez dépend précisément de la possibilité d’abandonner cette idéologie de la marchandise, conséquence logique de l’anthropologie libérale, qui fait de l’homme un être égoïste cherchant en permanence à maximiser son meilleur intérêt matériel et privé. Cela implique de réhabiliter la sphère publique par rapport à la sphère privée, et de recréer les conditions d’émergence d’un projet collectif.
J’ai coutume de dire que dans l’expression « bien commun », le mot qui compte le plus est le second. Le rôle du politique est en effet de produire du commun. Ce commun, qui est la condition du véritable « vivre ensemble » – expression aujourd’hui galvaudée pour lui donner un sens tout à fait contraire à celui qui est le sien –, s’enracine nécessairement dans des valeurs partagées, mises en forme par l’histoire et par la culture, et dans lesquelles pourrait se reconnaître votre « fils de militant communiste stalinien » aussi bien qu’un jeune Français tenté par l’exotisme djihadiste.
Mais il est clair que nous en sommes loin, dans une société qui ne veut connaître que des individus, qui a oublié que les raisons de vivre et les raisons de mourir sont les mêmes, et qui s’imagine que le lien social se ramène au contrat juridique et à l’échange marchand.

Breizh-info.com : Sous quelle forme pourrait intervenir ce « moment populiste » que vous évoquez ?
Alain de Benoist : Sous des formes différentes bien sûr, car le populisme n’est pas une idéologie (ce qui explique son caractère polymorphe).
Durant la seule année 2016, une représentante du Mouvement Cinq étoiles a été élue à la tête de la mairie de Rome, l’Angleterre est sortie de l’Union européenne, le FPÖ autrichien a manqué de peu l’élection d’un de ses représentants à la présidence de la République, le Front national a dépassé les 40 % dans certains élections locales, Podemos s’est emparé des mairies de Madrid et Barcelone, l’Alternative für Deutschland (AfD) a confirmé sa montée en Allemagne, Viktor Orbán s’est imposé au sein du groupe de Visegrád, Donald Trump a été élu aux Etats-Unis, Matteo Renzi a dû abandonner la présidence du Conseil en Italie, Hollande et Valls, Juppé et Sarkozy ont été (ou sont en passe d’être) renvoyés dans leurs foyers.
Le « moment populiste » n’est donc pas une éventualité : il est déjà là. Mais il est encore trop tôt pour en dresser un bilan qui, le moment venu, sera nécessairement contrasté.

Breizh-info.com : Y a-t-il des comparaisons historiques ou géographiques que vous pourriez faire avec la scène qui se déroule en Europe aujourd’hui ?
Alain de Benoist : Pas vraiment. On pourrait faire des comparaisons avec les populismes de la fin du XIXe siècle (le mouvement des narodniki en Russie, celui des fermiers grangers aux Etats-Unis) ou, en France, avec le mouvement boulangiste.
On pourrait aussi évoquer la fin de la République de Weimar. Mais je crois que tout cela ne nous mènerait pas bien loin. L’histoire ne repasse pas les plats, comme disait Céline, et les comparaisons historiques, si intéressantes qu’elles puissent être, trouvent rapidement leurs limites. Mieux vaut considérer que l’histoire est toujours ouverte, d’autant que nous voyons en ce moment se clore le grand cycle de la modernité.
Les contours d’un monde que nous avons connu, et parfois aimé, se dissipent sous nos yeux, tandis que le monde à venir reste nébuleux. Le populisme participe à sa façon de cette transition. Reste à savoir ce qu’il peut annoncer.

Breizh-info.com : Alain de Benoist, quelle est votre recette pour arriver à produire autant d’ouvrages, d’articles, précis, sources et argumentés, avec cette fréquence ?
Alain de Benoist : Il n’y a pas de recette. Pour moi comme pour tout le monde, les journées n’ont que vingt-quatre heures ! J’essaie seulement de bien m’organiser et de ne pas perdre mon temps en activités mondaines et en discussions inutiles.
Je travaille 70 heures par semaine, ce qui m’a permis de publier jusqu’à présent un peu plus de 100 livres, de 2 000 articles et de 600 entretiens (celui-ci sera le 638e !). Je n’en tire pas de gloire particulière : la quantité n’est pas gage de qualité, et je n’accorde au travail aucune valeur morale !


Breizh-info.com : Quels sont les derniers ouvrages que vous avez lus, appréciés, et que vous recommanderiez à nos lecteurs ?
Alain de Benoist : D’abord le livre de Jean Vioulac, Science et révolution (PUF), qui constitue une approche novatrice de la question de la technique à la lumière de la pensée phénoménologique de Husserl, ensuite le petit ouvrage de Ludwig Klages, L’homme et la Terre, qui date de 1913 et vient d’être traduit en français (chez RN Editions).

Propos recueillis par Yann Vallerie


 Éléments n°164 : Gauche-droite, c'est fini ! 


Eléments N°164
Moment Populiste Alain de BenoistDepuis que la gauche s’est employée à remplacer son ancien électorat par des catégories extérieures aux catégories nationales et à favoriser avant tout la mondialisation des échanges, deux dynamiques nouvelles sont à l’œuvre dans le paysage politique européen. (...)

La première dynamique est la dynamique identitaire. Elle peut s’exprimer à gauche comme à droite. En dépit de tout ce qui les oppose, elle comprend aussi bien les nationalistes identitaires que les tenants du multiculturalisme. Dans l’un et l’autre cas, la notion décisive est celle d’ethnos, c’est-à-dire de personnalité historique ou ethnoculturelle, considérée comme non négociable.

La seconde dynamique est celle du populisme. Elle ne se confond pas avec la précédente, même si elle peut parfois la rejoindre. À la façon du boulangisme, le populisme mêle lui aussi des éléments de gauche et de droite. Mais surtout, il ne se réclame pas seulement du peuple-ethnos, mais avant tout du peuple-démos, c’est-à-dire du peuple politique, et subsidiairement du peuple-plebs, c’est-à-dire des couches dominées. En France, il correspond sociologiquement aux classes populaires et aux éléments de la classe moyenne menacés de déclassement, et géographiquement à la « France périphérique » par opposition aux métropoles mondialisées.

Le populisme s’appuie sur le principe de la souveraineté populaire et dénonce ses limitations par la démocratie libérale et l’État de droit. Déçus par la mondialisation comme par les institutions européennes, physiquement hostiles à la privatisation du sens de l’existence comme à l’avènement d’un homme hors-sol, dépouillé de ses racines et de sa mémoire, révulsés par les mouvements migratoires, hantés par la peur de la désagrégation de la sociabilité qui leur est propre, mus surtout par un puissant ressentiment envers les élites, les populistes s’efforcent d’articuler une nouvelle demande sociale : demande de repères en matière de mœurs, demande de cadres protecteurs, demande d’une politique qui ne se ramène pas à la gestion, demande d’une démocratie réelle, demande d’autorité.

François Fillon n’est pas un populiste. Il s’adresse avant tout aux bourgeois retraités qui forment le socle de l’électorat de droite, et qui aspirent à la fois à un paisible conservatisme des mœurs et à un libéralisme modéré. Mais c’est là que le bât blesse. Ceux qui se réclament de cette improbable alliance se retrouvent un jour ou l’autre dans une position intenable : s’ils appliquent un programme libéral, qui comprend l’ouverture des frontières, la politique des droits individuels et la soumission de l’entreprise aux exigences des propriétaires du capital, ils déçoivent les conservateurs ; s’ils appliquent un programme conservateur, qui implique la protection de la société, le maintien des frontières et le primat de l’intérêt national, ils déçoivent les libéraux.

La question qui se pose est alors celle-ci : peut-on encore, sans tomber dans l’incohérence, être à la fois conservateur et libéral aujourd’hui ?

Au sommaire du N°164 d'Eléments

• Entretien exclusif avec Marcel Gauchet
« La bien-pensance engendre la crétinisation »
• Populisme, la grande peur des élites, par Alain de Benoist

Dossier : Droite-gauche, c’est fini !
• Politique-fiction : Le Pen-Mélenchon au second tour
• L’obsolescence programmée du clivage droite-gauche
• Pourquoi les vrais socialistes font la guerre à la gauche
• Entretien avec Charles Robin
• Rencontre avec Bernard Langlois, membre fondateur d'Attac et de Politis

Et aussi...
• L’AF et ses dissidents
• Les nouvelles têtes à claques du libéralisme
• La France buissonnière de Sylvain Tesson
• Littérature : entretien avec Louis Jeanne
• La leçon de Gabriel Matzneff
• Tintin : retour au pays des Soviets
• À la redécouverte de Thomas Sankara
• Après nous le déluge ? La réponse de Sloterdijk
• Philosophie : L’esprit dépend-il de la matière ?
• L’esprit des lieux : Venise





 Emission en stream live avec Edouard Chanot


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Moment Populiste Alain de Benoist
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Alain de Benoist sur Radio Sputnik
"Le moment populiste, Droite-gauche c’est fini !"


Le populisme est le phénomène politique de la décennie. De quoi est-il le fruit et de quoi sera-t-il la cause ? En d’autres termes, que faut-il en attendre ? Et plus encore, est-ce un bien ou un mal ? Le pire est-il à venir, ou nous dirigeons-nous vers un renouveau civilisationnel ? Pour lever nos interrogations, Radio Sputnik a reçu Alain de Benoist, qui publie Le moment populiste, Droite-gauche c’est fini  aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.


Pour Alain de Benoist, la critique du populisme est devenue une critique du peuple. Mais ce dernier a encore son mot à dire, et pèsera lors des prochaines échéances électorales. 

Impossible de l'éviter. Certains ont beau fermer les yeux, retarder leur prise de conscience comme on retarde le réveil le matin, il est impossible de ne pas s'y confronter. Que cela nous plaise ou non, le populisme est le phénomène politique de la décennie. De Podemos au Brexit, de Syriza à Donald Trump, du mouvement 5 étoiles à Marine Le Pen, les arrières-arrières-petits-enfants du Général Boulanger se sont dispersés en Europe et ont investi le champ politique qu'ils ne craignent pas de bouleverser.
De quoi est-il le fruit et de quoi sera-t-il la cause ? En d'autres termes, que faut-il en attendre ? Le pire est-il à venir, ou nous dirigeons-nous vers un renouveau civilisationnel ? Celui-ci exige-t-il la fin du clivage droite-gauche qui structure notre vie collective depuis près de deux siècles ?
Pour lever nos interrogations, nous avons reçu un homme qui rend la vie des bibliophiles difficile, car il publie demain son 103ème essai, intitulé Le moment populiste, Droite-gauche c'est fini, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Cet auteur est Alain de Benoist, le chef de file d'un courant baptisé à ses dépens « La Nouvelle Droite » dès les années 70. Peut-être est-il au cœur de cette remise en cause du clivage droite-gauche. Il semblerait que la pratique ait rejoint la théorie, la réalité ses réflexions.
Regardez l'entretien dans son intégralité :
Extraits :
La sécession de la plèbe
« Le populisme apparaît il y a vingt ou trente ans, mais la vague n'a pas cessé d'enfler. En première analyse, le populisme, c'est l'extraordinaire défiance des classes populaires et plus largement l'accélération de la défiance des classes populaires et moyennes contre les élites, qu'elles soient politiques, économiques, financières, sociales ou médiatiques. Les gens n'ont plus confiance, ils n'y croient plus. On a pu parler de ‘sécession de la plèbe'. C'est un peu cela.  »
« Aujourd'hui, il y a deux tiers de mécontents et un tiers de gens qui profitent de la situation et qui ont créé cette nouvelle classe, une nouvelle classe mondialisée qui s'inscrit dans l'idéologie dominante. Avec comme conséquence une triple exclusion des classes populaires et des franges inférieures des classes moyennes menacées de déclassement — exclusion politique, exclusion sociale et exclusion culturelle ».
Le ralliement de la gauche au marché
« Le clivage droite-gauche devient obsolète en raison de ce recentrage, à partir du moment où gauche et droite ne se divisent que sur les moyens pour parvenir au même objectif. D'autre part, on voit s'esquisser une attitude qui est l'opposition de ceux d'en bas contre ceux d'en haut. On passe d'un axe horizontal gauche-droite à un axe vertical. C'est pour cela qu'on ne peut pas les superposer. Christophe Guilluy a véritablement renouvelé la géographie sociale en procédant à une sorte désenfouissement du peuple en montrant que la classe populaire et ouvrière a migré à l'intérieur de la France: elle s'est éloignée des métropoles où se concentrent les richesses et les élites mondialisées pour s'installer dans des régions éloignées, dans ‘la France périphérique'. Ces classes populaires vont représenter un facteur qui va peser sur les échéances électorales, au détriment des classes populaires anciennes. »
« On parle de ‘mouvement dextrogyre' ou de manière plus simple de ‘droitisation'. Sur les plans des mœurs, je ne crois pas qu'il y ait de droitisation. Je crois plutôt qu'on subit les conséquences du fossé qui s'est créé entre la gauche et le peuple. Les gens s'intéressent de moins en moins aux questions sociales. La gauche classique a fait le choix d'une autre idéologie que celle du socialisme: une sorte de social-libéralisme libertaire, où les droits individuels, les fantasmes ou les caprices des uns et des autres, le néoféminisme, l'art contemporain, la lutte contre toutes les discriminations, toutes ces choses dont le peuple se fiche totalement, ont remplacé la défense du prolétariat. En d'autres termes, la gauche dans ses plus gros bataillons s'est ralliée à l'économie de marché et s'ébroue à son aise dans un certain libéralisme sociétal. »
De la critique du populisme à la critique du peuple
« Dans un premier temps on a étiqueté ‘populistes' des mouvements qui visiblement n'en présentaient plus toutes les caractéristiques. Dans un deuxième temps, on a appelé populistes toutes sortes de phénomènes sociaux, d'associations, de partis, qui prétendaient articuler une demande politique et sociale à partie du peuple. Dans un troisième temps, la critique du populisme a cédé la place à une critique du peuple, considéré comme peu instruit, ne sachant pas, se laissant embrigader par des leaders démagogues. Bien entendu, il y a des leaders populistes démagogues. Simplement, ce qu'il faut rappeler, c'est que la démagogie est la chose la mieux partagée du monde dans la vie politique ! »
« Il n'y a pas d'idéologie populiste, l'expérience montre que le populisme peut se conjuguer avec n'importe quelle idéologie. Le populiste, c'est un style, une nouvelle manière d'articuler dans une perspective ‘contre-hégémonique un certain nombre de demandes sociales et politiques à laquelle la classe dominante ne répond pas. Ce n'est pas seulement une demande de protection, mais aussi une demande de plus démocratie, et donc de politique tout court. Le populisme est une demande qui part du peuple pour obliger les hommes politiques à faire de la politique, au détriment d'une activité publique qui se réduirait à l'administration des choses. »
Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

 Alain de Benoist Le Moment populiste Sputnik blog Krisis
 Alain de Benoist sur Sputnik radio pour parler de son livre Le Moment populiste


SOURCE : SPUTNIK NEWS : OPINION
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Avec Edouard Chanot





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